Manwana Kitwa : « Stervos Niarcos dégageait une aura particulière que je n’ai ressentie chez aucun jeune de son époque »

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Dans un livre intitulé : « Ngantshie Stervos Niarcos. Etude sur la Sape et la religion Kitendi. Vie et œuvres. Tome1 », Manwana Kitwa, électromécanicien de formation, évoque la Sape (Société des ambianceurs et des personnes élégantes), « la religion Kitendi » à laquelle se revendiquait l’artiste et sapeur congolais Stervos Niarcos, de son vrai nom Adrien Mombele Ngantshie, qui nous a quittés  il y a 24 ans. Edité par ses soins, ce livre mérite vraiment son titre.

Qui est Manwana Kitwa ?

Je suis Congolais. Je suis né à Kinshasa en République Démocratique du Congo. J’ai fait des études secondaires pédagogiques à l’Institut Bonsomi dans la commune de Ndjili. En France, j’ai poursuivi mes études en électromécanique. Je suis diplômé de l’Institut Universitaire de Technologie de Sénart Fontainebleau (Paris XII). Et depuis plusieurs années déjà, je me suis lancé dans l’écriture et je fais de la recherche en histoire du Congo.

D’ où vous est venue l’idée d’écrire un livre sur Stervos Niarcos ?

Stervos Niarcos est une personne  dont l’allure a suscité ma curiosité. Comme tout jeune Congolais, j’entendais parler de lui et j’ai eu l’occasion de le rencontrer, ici en France, en 1992. On a longtemps échangé. A l’époque, je ne pensais pas qu’un jour j’écrirai un livre sur lui. Après sa mort, j’avais rencontré par hasard une damequiladmirait comme moi. Au cours de notre discussion, nous avons estimé que Stervos Niarcos, notre star, est parti très tôt. Il fallait donc faire quelque chose pour l’immortaliser. C’est ainsi que l’idée d’un livre m’est venue et que j’ai commencé à écrire. Ses œuvres musicales et la riche histoire de sa famille, la famille Mombele, ont été mes sources d’inspiration.

Pouvez-vous nous dire un mot sur le contenu de votre livre ?

Tout le monde sait pertinemment  que Stervos Niarcos  aimait s’habiller. Il était très à la mode. Il vénérait l’habit comme la sainte tunique du Christ. Pour lui, c’était une religion, sa « religion Kitendi ».  

(Kitendi=Tissu, métaphore de mode vestimentaire, NDLR). On l’appelait le « pape de la religion Kitendi». Dans mon livre, je parle donc de la Sape. Le Ngantshie  a inspiré bon nombre de personnes, en particulier les sapeurs  de deux rives du fleuve Congo. Il a marqué les jeunes par ses goûts vestimentaires et n’avait pas de concurrents en la matière.

Que représente-t-il  pour vous ?

Un grand Monsieur ! Arrière petit-fils du chef Mabua Ngaliema et fils de Pierre Mombele, Stervos Niarcos  dégageait une aura particulière que je n’ai ressentie chez aucun jeune de son époque. Avec un vécu d’artiste et de  sapeur  qui force l’admiration.

Quel thème de chansons composées par Stervos Niarcos  aimez-vous écouter ?

Les chansons qui évoquent l’histoire de sa vie et dans lesquelles il fustige ses détracteurs, c’est-à-dire ceux qui ont essayé  de l’imiter mais n’y  sont pas parvenus. Des jaloux qui pensaient ou pensent  encore  que Stervos Niarcos n’avait cure de sa situation sociale. Erreur ! L’homme était bien organisé et possédait son petit nid de bonheur. En vérité, il ne manquait de rien. « Vuata  kuvuata, vuata na yo, kasi esika ya kolala oyebaka », avait-il lancé comme slogan. (S’habiller ne suffit pas dans la vie car on peut aimer la Sape, mais n’oublie pas l’endroit où dormir, NDLR). Une « philosophie mombelienne».

Quel a été l’apport des artistes musiciens Congolais au succès de Stervos Niarcos ?

Il a été immense, notamment Bozi Boziana et Papa Wemba y ont beaucoup contribué. Ne pas le reconnaitre serait de l’ingratitude.

Comment expliquez-vous son succès, dont l’évocation du nom suscite toujours aussi de l’enthousiasme ?

C’est parce qu’il était un auteur-compositeur-interprète aux chansons de grande qualité artistique. Ensuite, il a vulgarisé la mode vestimentaire, notamment auprès des jeunes. Qui dit  Sape , pense à Stervos Niarcos en premier. Enfin, il a inspiré beaucoup de couturiers, créateurs de mode à Paris, à Tokyo et ailleurs.

Avez-vous échangé avec des gens qui l’ont côtoyé tout au long de  sa vie pour écrire ce  livre ?

Bien sûr que oui. J’ai rencontré ses grands frères, Frédéric et Jean-Baudouin Mombele, sa petite sœur Yvette Mombele, sa femme Véronique Omanga et sa fille Gianni Versace. J’ai également échangé avec certains de ses amis et connaissances de Kinshasa et de Brazzaville.  

Un dernier mot ?

J’en appelle aux hommes et femmes de bonne volonté de me soutenir pour promouvoir mon livre consacré à ce grand artiste et sapeur Congolais. Il y’a un deuxième tome que je publierai bientôt sur l’intégralité des textes de ses chansons en lingala avec la traduction en français. Et un troisième tome sera consacré à sa biographie.

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France