Kabila chez Tshisekedi : faire sauter les verrous

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Qu’est-ce qu’ils se sont donc dit ? Dans la ville haute, la rencontre lundi entre le président Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila a été au centre de toutes les conversations. D’autant que la confusion gagne l’Assemblée nationale, sans compter le flou artistique qui entoure la mise en place du prochain gouvernement. D’aucuns espèrent que cette énième rencontre entre les deux leaders permettra de lever les verrous qui bloquent le processus de mise en place effective de nouvelles institutions. Si rien n’a filtré de cette rencontre, l’opinion ne se fait pas d’illusions.

Le Potentiel

Ils se sont encore revus. C’est à la cité de l’Union africaine, nouveau siège de la présidence de la République sous Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo que Joseph Kabila, autorité morale du FCC, est allé à la rencontre de celui qui l’a remplacé aux commandes de la République démocratique du Congo.

Selon des échos en provenance de la présidence de la République, la rencontre s’est passée dans une ambiance bon enfant. La détente, rapporte-t-on, a été au rendez-vous. Mais, si Joseph Kabila s’est déplacé pour la cité de l’Union africaine, c’est pour une raison bien simple. En effet, après les élections du 30 décembre 2018, l’installation de nouvelles institutions bat de l’aile. À l’Assemblée nationale, l’élection du bureau définitif prévu initialement pour ce mardi 23 avril s’est entourée d’une grande confusion.

Quant au gouvernement, tous les pronostics ont été totalement déjoués. L’on pensait que l’identification de la majorité parlementaire était un point de blocage, mais avec la configuration clairement définie de l’Assemblée nationale, la question devrait être vidée depuis lors. En même temps, la nomination du Premier ministre se fait toujours attendre, trois mois après l’entrée en fonction du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. À la place, c’est le cabinet du président de la République qui s’est presque substitué au gouvernement, replaçant Vital Kamerhe, directeur de cabinet du chef de l’Etat dans le rôle d’un Premier ministre fictif. Par conséquent, c’est la machine de l’Etat qui tourne au ralenti.

Faire bouger les lignes

Face à tous les signes de blocage qui se profilent, la rencontre Tshisekedi-Kabila devenait cruciale. Elle a finalement eu lieu le lundi 22 avril 2019. À la grande satisfaction de tous.

Les deux personnalités se sont certes vues, mais on ne sait dire avec exactitude ce qu’ils se sont réellement dit. Toujours est-il que leur entre- tien produira ses effets dans les tout prochains jours.

En effet, dans l’architecture politique actuelle de la RDC, avec le FCC qui trône aussi bien au Parlement que dans les assemblées provinciales, le Président Félix-Antoine Tshisekedi et Joseph Kabila passent pour deux frères siamois qui sont, de ce point de vue, dans l’obligation d’harmoniser leurs vues pour une bonne marche de l’Etat. Qu’ils se soient rencontrés, c’est une bonne chose. Mais, le plus important est d’aller dans le sens de faire avancer les choses.

On croit savoir qu’après cette rencontre, des lignes vont certainement bouger – dans le bon sens, s’entend. La nomination d’un Premier ministre serait à coup sûr le premier signe de la décrispation. On sait désormais que la question ne relève plus d’un tabou. Il est un secret de polichinelle qu’avec sa majorité confortable à l’Assemblée nationale, le Premier ministre sortira des rangs du FCC.

Dans ces conditions, c’est la nouvelle majorité parlementaire formée entre le FCC, l’UDPS et l’UNC qui sera aux commandes du prochain gouvernement. Sur papier, rien ne devrait retarder la nomination du Premier ministre. Pourtant, dans les faits, les choses se passent autre- ment. Pour des raisons non connues du grand public.

On doit s’attendre à de grandes décisions dans les tout prochains jours. À la présidence de la République, on annonce déjà une fumée blanche dans la nomination d’un Premier ministre. La question, dit-on, a été au cœur de la rencontre Tshisekedi – Kabila. Des divergences, précise-t-on, ont été aplanies, si bien que tout ce qui faisait ombrage à la décision du chef de l’Etat aurait été dissipé. Les mêmes sources de la présidence de la République notent que la coalition FCC- CACH n’a pas encore pris de rides. Entre les deux parties à la « cogestion » pendant les cinq prochaines années, le linge aurait fini par s’être lavé en famille.

L’on se rappelle que le CACH n’a pas bien digéré sa déroute aussi bien aux sénatoriales du 15 mars 2019 qu’aux élections des gouverneurs de provinces du 10 avril dernier. Le FCC ayant tout raflé sur son passage, le CACH n’a pas caché ses frustrations. Lundi, le président Tshisekedi et Joseph Kabila en ont également débattu pour un rééquilibrage des forces politiques pendant cette mandature. Il n’est pas évident que le CACH y trouve gain de cause. Car, sur le terrain, le FCC trône en maître.

C’est dans ce décor politique totalement déséquilibré que le président Félix-Antoine Tshisekedi doit composer avec son partenaire encombrant qu’est le FCC. C’est ce que Joseph Kabila est allé, notent maints observateurs, rappelé au chef de l’Etat.

Comme pour dire, pendant les cinq prochaines années, rien ne se fera sans Jo- seph Kabila, autorité morale du FCC.