France : Macron lorgne sur les décombres de la droite

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Si le mauvais score des Républicains aux européennes est une bonne nouvelle pour l’Elysée, la démission de Laurent Wauquiez de la tête du parti est accueillie avec méfiance. La droite, qui entend construire une « alternative », lance son grand débat qui devra se conclure par une « convention nationale » en octobre.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres, dit l’adage.  C’est depuis quelques jours que les Marcheurs (partisans d’Emmanuel Macron) lorgnent avec avidité sur les décombres de la droite. Avec des mains opportunément tendues vers des Républicains groggy (la liste conduite par François-Xavier Bellamy est arrivée en quatrième position des élections européennes du 26 mai avec 8,48%des suffrages exprimés). Dimanche dernier, la démission de Laurent Wauquiez, chapitre  supplémentaire dans la déliquescence du parti, n’a fait qu’accélérer ce processus.

Une bonne affaire pour la majorité, cette lente agonie. Les Républicains n’ont-ils pas tout fait pour en arriver là ? A un moment donné, on a que ce que l’on mérite.  L’offensive macronienne ne s’est pas fait attendre.

Les états-majors de la République En Marche (LREM) et d’Agir (le parti associé de centre-droit) se frottent déjà les mains faisant feu de tout bois pour capter les déçus de la droite. Au point de lancer la semaine dernière un appel aux maires LR à les rejoindre. Et les ministres ne sont pas en reste non plus, à l’exemple des ex-LR Sébastien Lecornu (ministre des Collectivités territoriales) et Gérard Darmanin (ministre de l’Action et des Comptes publics) qui se démènent particulièrement pour ramener une part du gâteau au président de la République.

Demeure cette question essentielle : la chute de Laurent Wauquiez est-elle réellement une si bonne nouvelle pour Emmanuel Macron ? Ce qui est sûr, la macronie aurait bien aimé qu’il reste président des Républicains. Son comportement, son insincérité notoire, la ligne politique qu’il défend… Wauquiez, c’était l’adversaire idéal.

Même si à l’Elysée, on se garde pour le moment de se réjouir de  la perte d’un épouvantail,  y voyant  un raisonnement à court terme, il faut attendre de voir qui sera en position de reprendre le parti. En fonction de cela, la macronie pourra dire si c’est de nature à leur simplifier ou à leur complexifier la tâche. Car, elle a intérêt de se méfier de l’avènement d’un Xavier Bertrand (président du conseil régional des Hauts-de-France) ou d’une Valérie Pécresse (présidente de région Ile-de-France) à la tête d’un parti Les Républicains nouvelle génération. 

A l’inverse, l’aile gauche de la majorité devrait veiller au grain, en cas d’afflux de députés ou maires LR modérés. S’il les récupère durablement, il faudra être attentif à ce que cela ne crée pas un déséquilibre, et devienne une grande coalition de centre-droit. Sinon, ce ne serait plus En Marche, mais un autre parti dans lequel les personnalités issues des rangs de la gauche ne se reconnaitront plus.

La « droite Novotel »

Après la démission de Laurent Wauquiez, le parti Les Républicains (LR) doit se retrouver une direction, une ligne, un projet et tenter d’endiguer lors des prochaines élections cette spirale négative.

Ce départ ouvre une nouvelle période pour la droite française, qui enchaîne les crises depuis 2012. Et si le président démissionnaire cristallisait les critiques au sein de son camp, tout est à reconstruire pour ceux qui vont désormais reprendre les commandes du parti.

En effet, à l’initiative de Gérard Larcher, président du Sénat, les ténors de la droite et du centre se sont réunis mardi dernier dans un Novotel du XVème arrondissement de Paris. Ils ont décidé « à l’unanimité » de lancer un grand débat pour construire une « alternative ». Des conventions locales seront organisées dans les prochaines semaines, suivies d’une « convention nationale » en octobre.

Fait curieux : ces trois heures de débat à huis clos ne tranchent en revanche ni la question de la ligne, ni celle de la future direction du parti moribond, qui n’a pas été évoquée mardi soir, selon plusieurs participants.

Au milieu d’une telle tourmente, est-il sûr que la « droite Novotel » parvienne à sauver les quelques meubles qui restent ? Le départ de Laurent Wauquiez, est-ce une solution pour rebâtir la droite sur la durée après ces européennes au cours desquelles 27% des électeurs de François Fillon en 2017 ont voté pour la liste de la République En Marche (LREM), selon un sondage Ipsos ?

Les Français doivent faire preuve de patience et laisser le processus suivre son cours.

Robert Kongo, correspondant en France