Gouvernance en RDC : Jojo M. Sekimonyo note les points forts et les points faibles de Félix Tshisekedi

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Avec près de cinq mois passés aux commandes de la République démocratique du Congo, les observateurs ne s’empêchent pas d’analyser la méthode de gouvernance de Félix Tshisekedi. Il y a des points forts, mais aussi des points faibles, selon le professeur Jo M. Sekimonyo.

De son de vue, ce professeur de l’économie recense des failles dans le social, la politique économique et la communication du chef de l’État.

Les trois points faibles

Concernant les 3 points faibles axés sur le social, accuse l’attitude du populisme du président de la République. « Il est populiste. Il vient de décréter la gratuité des soins médicaux pour les militaires. Il promet la gratuité de l’enseignement en 2020. D’où va venir l’argent ? Déjà, on n’a pas réfectionné des infrastructures de santé ou de l’enseignement. Ce sont des décisions populistes. Et ça c’est un danger », a déclaré Jo M. Sekimonyo.

Ce dernier a relevé l’absence d’une politique économique. « On a observé le manque d’innovations dans le programme d’urgence de 100 premiers jours du Président de la République. C’étaient plus les 5 chantiers plus concentrés de Joseph Kabila. On se demande ce qu’il veut. C’est vrai, il veut bouger les choses. Mais, il y a une grande différence entre faire bouger les choses et faire avancer les choses. Jusque-là, Félix Tshisekedi n’a pas d’identité en politique économique. Il parle d’Inga. Il parle des minerais. Mais, on ne sait pas le situer idéologiquement. On ne sait pas ce qu’il veut faire du Congo. Bien sûr, il veut faire bouger les choses. Je le répète c’est différent de faire avancer les choses. Il n’y a pas un plan d’action cohérent qui peut faire l’ascension économique et sociale de la RDC », a-t-il relevé.

Enfin, Jo M. Sekimonyo relève aussi un problème lié au déficit de communication à la présidence. « Quand on suit les interventions des hommes du président de la République, on voit qu’il y a un problème de synchronisation. On a tendance à voir l’amateurisme, l’immaturité ou sinon le manque de professionnalisme. Pourtant, on voit bien que les hommes et femmes du président de la République ont des diplômes. Mais, ça ne produit pas des idées cohérentes. Il n’y a pas une synchronisation cohérente. Ils savent ce qu’ils veulent, je pense. Mais, la synchronisation fait défaut. C’est ça le problème », a-t-il noté.

Les trois points forts

Le professeur Jo M. Sekimonyo remarque que le chef de l’État s’en sort plutôt mieux sur le plan politique malgré son faible capital politique dû au fait qu’il est minoritaire au parlement et dans les assemblées provinciales. « On doit lui accorder beaucoup de mérites sur le plan politique. Il a utilisé son petit capital politique pour obtenir ce qu’il veut. Le CACH est minoritaire dans la coalition avec le FCC. Mais, jusque-là le gouvernement ne sort pas parce que le président a exigé ce qu’il veut. Il a imposé certains critères tant dans la désignation du Premier ministre que dans l’équipe du gouvernement. Félix Tshisekedi a su contenir jusque-là les ambitions du FCC. Ça montre qu’il a une forte personnalité politique », constate-t-il.

Ce dernier a accepté de travailler avec l’ancien président de la République. « Il a su coexister avec Joseph Kabila. Félix Tshisekedi a pu coexister avec Joseph Kabila qui a la majorité présidentielle. Le président pouvait subir beaucoup de choses. Surtout que dans la coalition FCC-CACH il y a des gens qui veulent se rentrer dedans. Le président de la République a au mettre Joseph Kabila à l’aise en lui donnant un espace pour participer à la vie politique. Joseph Kabila à l’expérience comme aucun autre congolais en tant que président de la République ».

L’autre point fort du président est qu’il a un pouvoir au sein de l’UDPS. « Le président de la République a su tirer la lèche à l’UDPS qui est un parti compliqué. L’UDPS est un parti qui pouvait exploser à tout moment. Jusque-là Félix Tshisekedi a su être une autorité morale. Sinon, il y aurait de division et de bataille. Il a su calmer le jeu au moment opportun. Il sait comment manœuvrer l’UDPS malgré sa petite marge dans la coalition avec le FCC », conclut-il.

Hervé N.