UE-UA : Awad Sakine Ahmat, « Il faut revoir le paramètre donateur/récipiendaire »

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En marge de l’atelier de consultation avec la diaspora africaine sur les réfugiés, les apatrides et les personnes déplacées de force en Afrique qui s’est tenu à Bruxelles, Awad Sakine Ahmat, Représentant permanent de l’Union africaine auprès de l’Union européenne s’est confié à notre envoyé spécial. D’après le diplomate, certains paramètres doivent revue et l’Afrique ne doit pas s’industrialiser de façon sauvage.

Monsieur l’ambassadeur, pourquoi avez-vous senti le besoin d’organiser cet atelier de consultation avec la diaspora sur les réfugiés, les apatrides et les personnes déplacées de force en Afrique ?

En fait, c’est la suite logique de la dynamique impulsée par l’Union africaine pour une meilleure implication de la jeunesse dans les débats et les processus de prise de décisions au niveau de l’UA. Comme vous savez, l’Agenda 2063 est une projection sur le futur du continent. Donc, pour les jeunes. L’Afrique ne pourra se construire tant que les armes continueront de crépiter sur le continent. Parce que ce sont  les guerres, le changement climatique et la recherche du bien-être qui sont les principales causes du déplacement des personnes dans le monde. Nous avons de nombreux cas en Afrique, notamment, la RDC, le Mali, la Libye, le Mozambique, le Soudan…

Que fait l’UA dans ce sens ?

ASA : L’Union africaine y travaille avec ses partenaires, il trouver des solutions pérennes. Il faut pour cela une gouvernance renforcée et inclusive. C’est aussi dans ce sens qu’a été lancée l’Initiative faire taire les armes en Afrique d’ici 2020. C’est un long processus qui se fera étape par étape. Et nous y travaillons. Le Conseil Paix et Sécurité s’y consacre à plein temps. Nous faisons régulièrement le point aux Chefs d’Etats et de Gouvernements. C’est objectif qu’il faut avoir en ligne de mire, même s’il semble difficile à atteindre. Mais il ne faut pas baisser les bras. Nous croyons fortement en la capacité des Africains de comprendre que la guerre et toute forme de violence est contre leur développement. Il y a certes un travail énorme à faire, mais je ne doute pas que nous y parviendrons.

Il y a en RDC l’épidémie à virus Ebola qui a fait beaucoup de morts. Que fait l’UA pour venir en aide au Congo ?

Notre position est qu’il n’est pas normal que les gens souffrent et que nous faisions pas grand-chose. Ebola est un drame. C’est une tragédie qui freine le développement des Etats. Vous avez suivi ce qui s’est passé au Libéria et en Sierra-Léon. Il ne faut pas que cela se reproduise en Afrique. L’Union africain avait mobilisé de grands moyens. Nous avons organisé une grande caravane avec des médecins et infirmiers avec le soutien de divers partenaires. Il faut investir sur les personnes et leur bien-être. Il faut beaucoup de moyens pour venir à bout d’Ebola. L’Union africaine travaille en étroite collaboration avec le gouvernement congolais pour apporter des solutions idoines et à long terme. Il se pourrait que le grand public ne voit pas ce que nous faisons, mais croyez-moi, de grands moyens et de grands efforts sont consentis pour venir à bout de ce mal.

Quels sont aujourd’hui les défis de l’Union africaine ?

C’est la paix et le développement. Parce que tant qu’il n’y aura pas la paix, le développement sera illusoire. Il faut à cet effet, renforcer la coopération avec l’UE. Il faut dans ce sens, revoir le paramètre donateur/récipiendaire. L’Afrique est un continent avec un potentiel énorme. Il faut industrialiser sainement l’Afrique. Nous avons la chance de voir les problèmes qu’engendre le modèle de développement européen. Il faut que nous Africains, travaillions à trouver une alternative à ce modèle de développement, pour avoir un processus de développement sain et durable. Parce qu’avec la Zone de libre-échange continentale (ZLEC), le commerce intra-africain va se développer. Ce qui est une bonne chose pour notre économie. Mais il ne faut pas une industrialisation sauvage. La vérité c’est qu’avec cette zone, beaucoup d’entreprises et d’industries vont se développer en Afrique. Il se pourrait même que nous manquions la main d’œuvre à long terme.

Propos recueillis par François MENDY, Envoyé spécial à Bruxelles