Jean-Paul Yofa: «Je n’ai jamais envisagé d’abandonner la musique»

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Depuis plus de quarante ans, l’orchestre Mokako est tombé dans les oubliettes de l’histoire de la musique congolaise. L’un des anciens chanteurs de ce groupe, Jean-Paul Yofa, s’est confié à notre correspondant en France, Robert Kongo, pour parler de sa situation actuelle et du projet que lui et ses amis entendent mettre en place pour ranimer les souvenirs de cet ensemble musical qui a connu ses heures de gloire dans les années soixante-dix.

Qu’êtes-vous devenu?

Je suis toujours là. J’habite dans le quartier Yolo-Nord, commune de Kalamu, à Kinshasa en RDC. Je suis devenu enseignant. Mais je n’ai jamais envisagé d’abandonner la musique. Elle est pour moi un don de Dieu. A l’église, celle que je fréquente, je fais partie de la chorale.

Pourquoi ce long silence?

Je manque de moyens financiers pour m’offrir des instruments de musique. Je n’ai pas envie d’aller évoluer ailleurs. De plus, un grand nombre de mes amis, avec qui nous constituions le grand orchestre Mokako, vivent aujourd’hui en Europe. Une distance s’est créée entre nous. Mais Dieu a fait grâce que nous renouions contact. J’espère que nous ferons de bonnes choses ensemble.

Avez-vous gardé contact avec les anciens artistes musiciens de l’orchestre Mokako résidant en RDC?

Oui bien sûr, mais nous ne sommes pas nombreux. Je peux donc citer: Gaby Isse Wenge, Ntemo Nzinga, Nsimba David, Seluta Chemla et moi-même. Nous travaillons tous. Certains sont dans l’administration et d’autres œuvrent à leur propre compte. On se débrouille comme on peut.

Vous chantez aujourd’hui dans une église. Comment expliquez-vous ce choix?

Oui, je prie dans une église. Et en ma qualité de chanteur, j’ai jugé utile de chanter aussi pour la gloire de Dieu.

Il semblerait que vous ayez le projet de ressusciter l’ancien orchestre Mokako. Alors, un retour à la musique dite profane?

Je n’ai pas abandonné la musique mondaine. Je ne trouve pas anormal de chanter pour Dieu et pour les hommes, qui sont ses créatures. Ce n’est pas ma façon de voir les choses. Si aujourd’hui j’ai des moyens financiers, grâce à la musique, je peux apporter mon aide à l’église, notamment faire des dons. Dieu m’a donné une belle voix, et je lui rends grâce, il faut donc que j’exploite au mieux cette compétence. Concernant le projet de ressusciter l’orchestre Mokako, il s’agit de remixer les anciens succès de cet ensemble musical des années 70. Pour le plaisir des mélomanes qui sont demandeurs. J’ai évoqué ce projet avec nos amis qui sont en Europe, notamment Géo Bilongo, et  ceux qui sont ici en RDC. C’est en bonne voie.

A quand la concrétisation de ce projet?

Si tout va bien, d’ici le mois prochain. Nous comptons beaucoup sur l’assistance de nos amis qui sont Europe.

Que vous inspire la musique de la nouvelle génération?

La musique congolaise a beaucoup évolué sur le plan technologique. L’apparition de nouveaux instruments, dont le synthétiseur, qui permet de reproduire de nombreux sons, allant des instruments mélodiques aux percussions, jusqu’à divers objets, a changé la donne. Aujourd’hui, les jeunes en font usage. De plus, leur travail est facilité par la programmation dans un studio d’enregistrement. Nous n’avons pas connu ça à l’époque. Tant mieux pour la nouvelle génération. Cependant, ils doivent bien travailler leur musique et les textes de leurs chansons. Les dédicaces (mabanga) tuent leurs œuvres. Ils en font trop, c’est lassant. En outre, chanteurs et instrumentistes, nous avions des modèles: Tabu Ley Rochereau, Sam Mangwana, Ntesa Dalienst, Pierre Moutouari… (chanteurs). Docteur Nico Kassanda, Michelino Mavatiku Visi, Guvano Vangu, Bumba Attel, Lutumba Simaro… (guitaristes). Aujourd’hui, qui sont leurs modèles? Pourtant, ce ne sont pas des repères qui manquent. Nos aînés ont balisé la voie. Franchement, nos jeunes ont du pain sur la planche.

Un mot de la fin?

A nos nombreux fans, en RDC et en Europe, je vous prie d’être patients. Mes amis et moi-même avons enregistré vos demandes. Vous souhaitez réécouter les chansons comme «Yoko», «Lolango», «Zudy», «Fiancée ya kombo», «Trahison Senga», «Adieu Yoko»… Ces œuvres qui ne s’oublient pas. Vous serez servis et revivrez les souvenirs de l’époque Mokako. Nous y travaillons. Faites nous confiance.

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France