Les nouveaux « équilibres » du pouvoir : Présidence à Fatshi, Gouvernement et Parlement à Kabila

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L’élection du bureau définitif du Sénat a donné la forme à  l’architecture institutionnelle de la troisième législative de la 3ème République. Le rapport des forces politiques en présence penche en faveur du FCC. Malgré son échec à l’élection présidentielle du 30 décembre 2018, Joseph Kabila a, tel un orfèvre, arraché à son tombeur, deux auréoles, à savoir le Parlement et le gouvernement. Dans ce nouvel ordre institutionnel, il devance Fatshi de plusieurs coudées.

Le Potentiel

Les bureaux de deux Chambres du Parlement affichent complets. Avec l’élection, samedi dernier, du bureau définitif du Sénat, le FCC a réussi à consolider son hégémonie au Parlement. La plateforme politique de Joseph Kabila a désormais le contrôle de deux Chambres, avec d’un côté, Jeanine Mabunda à l’Assemblée nationale, et de l’autre, Alexis Thambwe Mwamba au Sénat.

Tout comme, sur les 14 postes de bureaux de deux Chambres du Parlement, Joseph Kabila s’est adjugé de 11 postes majeurs, soit six (6) au Sénat et cinq (5) à l’Assemblée nationale. C’est donc une majorité confortable qui devait nettement jouer en faveur du FCC lorsque les deux Chambres se réuniront en congrès pour trancher sur une question d’intérêt national.

Au-delà du Parlement, Joseph Kabila dispose également d’une assise solide au gouvernement, où il a fait nommer Sylvestre Ilunga Ilunkamba, estampillé PPRD, au poste de Premier ministre. Dans la composition du gouvernement, le FCC jouit aussi d’un net avantage numérique par rapport au CACH, son partenaire à la coalition.

Si l’on s’en tient au principe constitutionnel qui exige à ce que la composition du gouvernement prenne en compte la « représentativité nationale », le FCC est assuré d’avoir le contrôle du tiers du gouvernement Ilunga Ilunkamba. Un avantage à mettre à l’actif de Joseph Kabila, autorité morale du FCC.

Le nouvel ordre institutionnel

Que reste-t-il alors à Félix Tshisekedi ? Selon toute vraisemblance, le président de la République ne se contente que de la présidence de la République, seule moisson des élections générales du 30 décembre 2018. En effet, la grise part – en tout cas la partie la plus juteuse où se concentre le vrai pouvoir – revient au FCC de Joseph Kabila. Dans ses mains, Joseph Kabila tient les commandes non seulement du gouvernement, mais surtout de deux Chambres du Parlement.

Dans cette architecture institutionnelle, Félix Tshisekedi ne peut rien entreprendre sans se référer à Joseph Kabila. A dire vrai, le chef de l’Etat est lié. Face à Kabila, Félix Tshisekedi est une proie politique facile à abattre. Le choix de deux ressortissants de l’aile dure du FCC aux commandes de deux Chambres du Parlement en est une belle illustration.

Autrement dit, les nouveaux équilibres du pouvoir seront en perpétuel ballotage, dont le gagnant sera sans nul doute Joseph Kabila. Que vaut un chef de l’Etat sans majorité au Parlement ? C’est tout le problème. Car, il devra se plier, de temps en temps, aux exigences du FCC s’il ne veut pas être emporté par un éventuel ouragan.

Dans l’organisation et l’exercice du pouvoir tel que défini dans la Constitution du 18 février 2006, le président de la République n’a d’influence dans la marche de l’Etat que s’il dispose au préalable d’une majorité à l’Assemblée nationale, d’où est issu le Premier ministre. Il se fait que Félix Tshisekedi n’a pas pu réunir cette majorité au terme des législatives nationales du 30 décembre 2018. Il s’est donc retrouvé dans l’obligation de composer avec le FCC dans le cadre d’une coalition gouvernementale où le FCC pèse plus que le CACH au vu du nombre de députés nationaux obtenus par chacune des parties.

Ce déséquilibre, le FCC l’a capitalisé en s’imposant à la tête des bureaux de deux Chambres du Parlement. Au grand dam du CACH. Ce schéma risque de marquer la gestion de l’Etat jusqu’en 2023.

A tout prendre, dans le deal qui lie le FCC et le CACH, Félix Tshisekedi a pris pied sur des bases glissantes. Les institutions vont fonctionner au rythme des instructions que donnera l’autorité morale du FCC, Joseph Kabila. Celui-ci est capable de pourrir le mandat de Félix Tshisekedi, s’il sent que ses intérêts sont menacés. Une situation désastreuse qui pourra entraîner la RDC dans une crise politique indescriptible. Est-ce que les deux parties seront en mesure d’éviter ce scénario apocalyptique ? Wait and see.