Forum sur l’électricité : un rendez-vous de trop

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Le dernier investissement public entrepris dans le secteur de l’électricité reste à ce jour l’inauguration, en 1982, de la centrale hydroélectrique d’Inga II. Puis, plus rien. Entre-temps, les besoins en électricité se sont accrus de manière exponentielle. En 2014, la RDC s’est lancée dans la voie de la libéralisation du secteur par la promulgation d’un Code de l’électricité. Cinq ans après, aucune action concrète n’a encore été entreprise. L’entreprise de l’État, la SNEL, qui conserve tout son monopole, règne toujours en maître, décourageant toutes les initiatives privées. Avec le président Félix Tshisekedi, un forum national de l’énergie électrique, première du genre, se tient à Matadi. Objectif : imprimer une nouvelle dynamique dans le secteur.

Le Potentiel

Comme promis, lors de la tenue, en avril dernier à Kolwezi (Lualaba), de la 4ème édition de la conférence énergétique – une initiative de la Fédération des entreprises du Congo – il s’est ouvert mardi à Matadi, dans le Kongo central, le 1er Forum national sur l’énergie électrique. C’est une première qui se tient particulièrement sous l’ère du président Félix Tshisekedi.

Pour marquer son adhésion à ces assises, le chef de l’État a d’ailleurs fait le déplacement de la ville portuaire. Il faut dire que, depuis le 17 juin 2014, date de la promulgation d’un Code d’électricité censé apporter un vent nouveau dans la libéralisation du secteur de l’électricité, aucune avancée significative n’a été enregistrée sur le terrain.

La SNEL, opérateur public du secteur, qui devrait voir son monopole s’effacer au profit d’une concurrence avec les opérateurs privés, conservent toujours son hégémonie dans le secteur. Entretemps, les besoins en électricité se sont terriblement accrus. Le boom minier de 2002 a sensiblement accru la demande en énergie électrique, particulièrement dans les industries minières du Grand Katanga. Sans oublier les besoins en électricité d’une population en très forte croissance, particulièrement dans les grandes villes, notamment Kinshasa.

Passage à vide depuis 1982

En réalité, depuis 1982, année de l’inauguration de la Centrale hydroélectrique d’Inga II, la RDC n’a plus investi dans le secteur de l’électricité. Dans l’industrie minière, les opérateurs tentent par moment de suppléer aux déficiences de la SNEL en actionnant des investissements en joint-ventures sous forme de partenariat public- privé. Ce qui ne comble pourtant pas le déficit.

La solution passe par de nouveaux investissements. L’État congolais espère corriger l’offre en énergie électrique par la promotion d’Inga III. Mais, ce méga projet, estimé à près de 14 milliards Usd, est encore loin de se réaliser. Il faut parer au plus pressé.

À Matadi, les experts associés au 1er Forum national de l’électricité, autour du thème « La gestion et l’impact de l’électricité sur l’industrie et le développement durable », promettent de se pencher sur des solutions innovantes à mettre en œuvre pour croitre fondamentalement l’offre de l’énergie électrique en RDC. Toujours est-il que le chemin à parcourir reste encore long, très long.

Le chef de l’État reconnait le grand défi à relever. Il ne méconnait pas non plus les obstacles à franchir.

« Nous avons la responsabilité historique de relever le défi de l’électrification en RD Congo. Nous devons vaincre le paradoxe d’un pays au potentiel électrique parmi les cinq premiers au monde, mais qui se trouve malheureusement au dernier rang dans le taux d’accès en électricité », a déclaré le président de la République. Il note que l’accès à l’électricité est au cœur de tous les enjeux économiques, sociaux et environnementaux du pays. « Le développement de notre potentiel minier dépend entièrement de notre offre en énergie électrique. Il en est de même pour la réalisation du port en eau profonde de Banana ».

Le président de la République sait également que toute l’Afrique a les yeux rivés sur la RDC pour améliorer la desserte en énergie électrique dans le continent. « L’émergence de notre pays en dépend. Il y va aussi de la réussite des engagements africains et mondiaux pour la préservation de nos forêts et de notre planète. Ainsi, avec l’assainissement que nous comptons faire dans ce secteur porteur, je suis convaincu que les opérateurs économiques nationaux et étrangers, trouveront l’opportunité de pouvoir investir dans ledit secteur ».

Lier les actes à la parole

En dépit de potentialités énergétiques importantes que renferme la RDC, 45% seulement de la population ont accès à l’électricité en milieu urbain et 5% seulement en milieu rural. La desserte en électricité en RDC est caractérisée par la vétusté des équipements et la saturation des réseaux à cause de l’insuffisance de capitaux, notamment privés pour réaliser de nouveaux investissements.

Pour corriger nettement ce déficit d’investissement dans le secteur, des réformes de grande envergure seront nécessaires. Dans l’immédiat, il s’agit de donner un sens au Code de l’électricité, en pourvoyant déjà à la nomination des animateurs de l’Autorité de régulation de l’électricité (ARE). C’est ce qu’on attend en urgence de Félix Tshisekedi. Sinon, le Forum de Matadi n’aura été que, comme les précédentes rencontres, un rendez-vous de trop. Sans lendemain.