Sommet de Luanda : la diplomatie de F. Tshisekedi porte déjà ses fruits

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Le sommet quadripartite de mercredi 21 Août à Luanda, élargi au Président de la CIRGL, Denis Sassou Nguesso, a accouché de la signature d’un Mémorandum d’entre entre les Présidents ougandais et rwandais. Les Chefs d’Etats de la République démocratique du Congo (RDC) Félix Tshisekedi, de l’Angola Joao Lourenço, du Rwanda Paul Kagame et l’Ougandais Yoweri Kaguta Museveni ont passé en revue la mise en œuvre de la première quadripartite tenue le 12 juillet 2019. Il y ressort que la mission conjointe de facilitation menée conjointement par le Coordonnateur du Mécanisme National de Suivi, Claude Ibalanky Ekolomba, et un officiel angolais en terres rwandaise et ougandaise, sous l’impulsion des Chefs d’Etat congolais et angolais, a porté ses fruits.

Olivier Kaforo

Le Mémorandum d’entente que les deux parties ont conclu à Luanda en présence des présidents de l’Angola, Joao Lourenço, de la République démocratique du Congo, Felix Tshisekedi et du Congo, Denis Sassou Nguesso est un signal fort lancé à l’attention de tous les pays de la région. Le président Rwandais, Paul Kagame a salué les « sages conseils » prodigués par Félix Tshisekedi et Joao Lourenço, grâce auxquels le Rwanda et l’Ouganda ont mis un terme au différend qui les opposait en signant un accord de paix. Après la cérémonie, le président Kagame a dit ne s’attendre à aucun problème dans sa coopération «plus précise avec le président Museveni pour traiter ce que nous nous sommes engagés à traiter ».

Avant la signature de ce Mémorandum, les relations entre les présidents rwandais Paul Kagame et ougandais Yoweri Museveni se sont détériorées au cours des derniers mois, suite à des accusations réciproques. Il s’en est suivi la fermeture, par Kigali, du poste-frontière de Gatuna entre le Rwanda et l’Ouganda.

Voilà pourquoi l’initiative de Félix Tshisekedi et Joao Lourenço est à saluer dans la mesure où le Mémorandum d’entente signé entre les parties devra contribuer significativement à renforcer la nouvelle dynamique visant la stabilisation de la région, étant donné que le Rwanda et l’Ouganda jouent chacun un rôle non négligeable dans la pacification de l’Est de la RDC et la stabilité dans la région de Grands lacs.

Il faut noter que le sommet de Luanda est le résultat de l’initiative diplomatique du président Félix Tshisekedi. Initiative lancée le 31 mai 2019 à Kinshasa, dans le cadre du sommet tripartite entre les chefs d’Etats de l’Angola, du Rwanda et de la RDC, à l’issue duquel les parties avaient résolu d’œuvrer conjointement pour la sécurité en RDC ainsi que la stabilité dans toute la région.

Pour relever le défi, l’intégration de l’Ouganda dans ce cadre d’échanges était nécessaire car, estiment des experts, les tensions entre Kigali et Kampala ne pouvaient nullement faciliter la paix dans la région de Grands lacs, encore moins une mobilisation de toute la région pour atteindre les objectifs fixés par la tripartite.

C’est alors que la tripartite a donné lieu au sommet quadripartite entre les chefs d’Etats et de gouvernements de l’Angola, de l’Ouganda, du Rwanda et de la RDC, tenue à Luanda (Angola) le 12 juillet dernier dans le souci de favoriser entre autre le dialogue entre le Rwanda et l’Ouganda, un préalable à la pacification de l’Est de la RDC et la stabilité régionale.

Félix Tshisekedi a donc intérêt de rapprocher les deux protagonistes pour autant que les tensions entre Kampala et Kigali étaient susceptibles de rallumer le feu à la situation d’insécurité que vit la RDC dans sa partie Est, frontalière avec le Rwanda et l’Ouganda, suite à d’éventuelles batailles entre les deux pays par groupes armés interposés, sur le sol congolais.

Paix durable, un objectif à atteindre

Le Rwanda accusait sans cesse l’Ouganda de soutenir certains groupes armés actifs dans l’Est de la RDC, portant ainsi atteinte au pouvoir de Kinshasa.

Redoutant de subir des effets de marginalisation d’une initiative de la RDC qui met en branle l’Ouganda et le Rwanda, avec l’appui de l’Angola, la République du Congo, qui dirige la poussive CIRGL, a rejoint ce cadre d’échanges qui devient ainsi élargi à cinq Chefs d’Etats.

Fondamentalement, la signature du Mémorandum d’entente entre Paul Kagame et Yoweri Kaguta Museveni ne constitue qu’une étape d’un processus devant donner lieu à la neutralisation des groupes armés et au développement de la coopération sous-régionale. Pour maintenir allumée la flamme de la paix, les présidents Tshisekedi et Lorenço devraient continuer à offrir leurs bons offices à l’Ouganda et au Rwanda, en vue de la mise en œuvre effective de ce Mémorandum d’entente.

En mars 2018, Paul Kagame et Yoweri Museveni ont signé, en Ouganda, un accord de coopération censé officialiser la normalisation de leurs relations diplomatiques. Cependant, les deux pays n’ont pas réussi à relever ce défi.

En perspective, la tripartite muée en quadripartite, puis élargi à cinq, se projette sur le sommet des chefs d’Etats et de gouvernements des pays signataires de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC et la région, prévue en octobre prochain à Kinshasa.

Cet Accord-cadre, signé le 24 février 2013 Addis-Abeba, vise à favoriser la résolution des causes profondes des cycles des violences dans l’Est de la RDC et la Région. Six ans après la signature dudit Accord-cadre assorti des engagements nationaux, régionaux et internationaux, le résultat sur le terrain reste mitigé.

Tout compte fait, l’objectif de l’initiative diplomatique du président Tshisekedi consiste à donner un nouvel élan dans la recherche de la paix, la sécurité et la stabilité, en préconisant le dialogue entre les pays de la région. Ce, en vue de redonner notamment de la pertinence à l’Accord-cadre d’Addis-Abeba.

Des experts attestent que la stratégie du président Félix Tshisekedi pour la restauration et la consolidation de la paix et la sécurité se situe à trois volets. Le renforcement de capacités des forces de sécurité et de défense, la promotion de la réconciliation nationale entre les communautés locales ainsi que la diplomatie régionale.

Somme toute, la nouvelle dynamique dans la coopération entre la RDC et les autres pays du cadre d’échanges à 5 confère un rôle à Kinshasa, en vertu duquel il devrait œuvrer, conjointement avec l’Angola, pour accompagner l’Ouganda et le Rwanda dans la matérialisation de cette entente, nécessaire à la sécurité dans l’Est de la RDC et à la stabilité régionale.

Kinshasa prépare le Sommet des Chefs d’Etat de la région

Après le sommet quadripartite Angola-Ouganda-Rwanda-RDC, tenu le  12 juillet à Luanda, une mission conjointe a été initiée par les présidents angolais et congolais auprès des autorités rwandaises et ougandaises, dans la perspective de la réconciliation entre ces dernières.

Pour la RDC, c’est le coordonnateur du Mécanisme national de suivi et Haut représentant du chef de l’Etat près le Mécanisme régional de suivi, Claude Ibalanky Ekolomba, qui a été dépêché au titre de haut Envoyé spécial du président Félix Tshisekedi pour mener la facilitation.

Ce fin diplomate de terrain, aux allures d’un réservé, vient de gagner un pari qui fait, à n’en point douter, l’honneur du président Félix Tshisekedi. Après ce challenge, Claude Ibalanky devra relever le défi de l’organisation du sommet de chefs d’Etats et de gouvernements de treize pays signataires de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, prévu en octobre prochain à Kinshasa. A cette occasion, les parties devront exprimer leur niveau d’engagement pour la pacification de l’Est de la RDC et la stabilisation de la sous-région.