RDC : La rentrée scolaire de tous les enjeux

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La rentrée des classes pour l’année scolaire 2019-2020, qui débute déjà ce lundi 2 septembre, est un test complexe pour le gouvernement congolais. Ça passe ou ça casse ! La gratuité de l’enseignement de base sur toute l’étendue de la RDC, annoncée, le 21 août dernier par les autorités congolaises, est certes une mesure  à saluer et un ouf de soulagent pour les parents d’élèves. Cependant, les craintes fusent de partout quant à l’effectivité de cette décision. Du coup, les enseignants montent au créneau et menacent d’aller en grève, dès le mois d’octobre prochain, au cas où des inconvénients surviendraient dans la mise en application de cette gratuité, longtemps voulue par les parents d’élèves.

Stanislas Ntambwe & Melis Boasi

Les enseignants réunis, le dimanche 1er septembre 2019 à Goma (Nord-Kivu), au sein du Syndicat national des enseignants des écoles protestantes (Synep), disent craindre que la mesure de la gratuité de l’Enseignement de base en République démocratique du Congo (RDC) ne soit respectée. Ils menacent d’aller en grève, un mois après la rentrée scolaire, si ladite gratuité n’est pas effective.

En RDC, tous les élèves doivent regagner le chemin de l’école, ce lundi 02 septembre 2019, après deux mois de vacances. Les autorités congolaises ont annoncé, le 21 août dernier, la gratuité de l’enseignement de base sur toute l’étendue du territoire national. A l’issue de leur rencontre le dimanche dernier, les enseignants du Nord-Kivu auraient promis d’aller en grève, « dès le mois d’octobre prochain», s’ils n’étaient pas payés à la fin du mois de septembre.

« C’est une crainte pour nous, parce qu’en RD Congo, les textes et les décisions ne sont pas généralement respectés. Déjà, dans une décision des autorités compétentes, il était interdit la vente des fournitures scolaires dans des écoles mais, si on circule aujourd’hui à Goma, il y a de ces écoles qui vendent au vu et au su de tout le monde ces fournitures. Et l’État ne sanctionne pas. Alors qu’est-ce qui nous rassure, nous enseignants, que la gratuité annoncée par les autorités du pays sera mise en application », s’est interrogé Patient Rafiki, président provincial de Synep-Nord-Kivu.

Une décision mûrie ou simple précipitation ?

Les membres du SYNEP Nord-Kivu devant la presse, après leur réunion, le dimanche 01 septembre 2079 à Goma

Certains analystes pensent que le chef de l’Etat, Felix Antoine Tshisekedi est allé vite en besogne en prenant cette décision délicate. Ils pensent que, c’est dans un pays où l’économie est bien assise qu’on peut prendre ce genre de décision.

« Les frais connexes risquent de peser sur les parents, lorsqu’on va supprimer le payement des frais de fonctionnement. Puisqu’il y a des gouverneurs de provinces et des chefs d’établissements capricieux qui fixeront ces frais connexes à leur gré », présume Magloire Paluku, journaliste éditorialiste de Goma. A l’en croire, « le risque est qu’on revienne, après un mois, à la case de départ où les parents seront toujours obligés de prendre en charge les enseignants », a-t-il prévenu.

Selon Magloire Paluku, « on devrait d’abord augmenter le salaire des enseignants et des parents et contrôler l’effectif du personnel enseignant pour aboutir à cette gratuité ». D’où, en prenant cette décision importante, le président de la République se serait mis une corde au cou, ou encore, aurait mis la charrue devant le bœuf.

Pour Patient Rafiki, la question devrait être traitée à l’Assemblée nationale où un budget conséquent devrait être voté pour payer tous les enseignants du pays. « Il est prévu une session budgétaire dès le 15 septembre prochain », a-t-il rappelé, avant d’indiquer que, « c’est en principe à cette occasion que les députés devraient y travailler pour que ça soit effectif l’année scolaire prochaine. Mais là, les choses semblent se décider à la hâte et ça fait peur aux enseignants », souligne le président provincial du Synep au Nord-Kivu.

Cacophonie

Il y a lieu de rappeler que c’est pour la énième fois que la gratuité de l’enseignement de base ait été décidée en RDC. Alors que cette une disposition constitutionnelle, cette fameuse gratuité est depuis lors restée lettre morte pendant plusieurs années.

Il y a visiblement des contradictions entre la décision prise par le Ministère de l’Enseignement primaire, Secondaire et Professionnel (Epsp), du secrétaire général à l’Epsp et celle issue de la table ronde tenue dernièrement à Kinshasa.

Pour le secrétaire général, aucun frais ne sera perçu, même pas les primes des parents, à partir des classes de 1ère année primaire jusqu’en 2ème année secondaire. Pour le Ministère de l’Epsp, il y a juste la suppression de certains frais et d’autres sont laissés à la latitude des provinces. Enfin, pour la table ronde de Kinshasa, il s’agit de la suppression des frais « sous toutes ces formes ».

« Ceci est un ensemble de contradictions rendues publiques sur cette question. Mais, nous le comité provincial de synep, allons suivre la décision du secrétaire général de l’Epsp qui est notre chef direct. Cette multiplicité de décisions qui ne se ressemblent pas, portent à croire qu’il y a déjà des soucis là-dessus. On ne sait pas sur quelle décision s’appuyer exactement. Comme en même temps intersyndical, on doit respecter aussi la décision issue de la table ronde. Nous sommes confus au finish. Dans ces décisions, il y a là où on tient compte des Nouvelles unités et d’autres non. Ça posera un problème parce que, nous aurons des enseignants payés et d’autres non », a déploré Patient Rafiki.

Ça passe ou ça casse !

Par ailleurs, le premier mois de cette année scolaire va donc poser les bases en RDC où les enseignants ont promis d’évaluer cette mesure prise par les autorités congolaises, avec un grand risque de déclencher une grève dans les jours qui suivent.

C’est une rentrée scolaire de tous les enjeux et un défi majeur pour le 5ème président de la RDC. Dans l’opinion, la gratuité de l’enseignement de base est donc considérée comme un test complexe. Si « ça passe », Félix Tshisekedi aura gagné un pari et la confiance du peuple congolais. Mais si « ça casse », le fils d’Etienne Tshisekedi aura manqué à un rendez-vous important avec son peuple qui l’attend au tournant de son discours de campagne.