Une reprise en demi-teinte : Le oui, mais… de la Belgique

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Tshisekedi et les officiels belges augurent de belles perspectives. Mais, Bruxelles ne cache pas son scepticisme. Selon le ministre De Croo, l’ancienne métropole voudrait voir réellement Félix Tshisekedi à l’œuvre avant d’ouvrir grandement les vannes de la coopération directe interrompue suite une divergence de vue sur la bonne gouvernance, le respect des droits de l’homme mais aussi sur le processus électoral dont on connait le dénouement. C’est donc une reprise en demi-teinte qui prouve le oui, mais de la Belgique.

Le Potentiel

Le rapprochement entre Kinshasa et Bruxelles est à l’ordre du jour. En séjour en Belgique, le chef de l’Etat Félix Tshisekedi est allé jeter les bases d’une nouvelle forme de coopération entre les deux pays, plus que jamais liés par une histoire commune.

Depuis la décolonisation, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Au fil des décennies, les rapports entre la métropole et son ancienne colonie ont évolué en dents de scie. Ceux-ci se sont terriblement détériorés à l’approche des élections du 30 décembre 2018, si bien que Kinshasa a dû faire usage de la méthode forte, jusqu’à revoir sa coopération avec Bruxelles.

Depuis le 24 janvier 2019n la donne a changé. Joseph Kabila n’est plus président de la République. Il a passé le flambeau à Félix Tshisekedi, qui a la particularité d’avoir passé une bonne partie de son exil en Belgique.

En accédant à la magistrature suprême, Félix Tshisekedi a donné directement les preuves de sa volonté d’harmoniser avec la Belgique. Les vols gelés de Brussels Airlines ont été rétablis, la Maison Schengen, fermée par un saut d’humeur de Joseph Kabila a été rouverte, l’agence belge de coopération a été autorisée d’opérer sur toute l’étendue de la RDC. Bref, il y avait de bonnes raisons de relancer les discussions pour bâtir une nouvelle forme de coopération entre les deux pays. C’est ce que tente de faire Félix Tshisekedi pendant ses quatre jours de visite officielle en Belgique. Le chef de l’Etat s’efforce de tisser de nouveaux liens avec l’ancienne puissance coloniale. Lundi dernier, Fatshi a eu droit à un accueil chaleureux à Bruxelles. Depuis Mobutu, la Belgique ne s’était jamais affichée de cette manière. A l’occasion, Bruxelles n’a pas hésité à dérouler le tapis rouge.

Les retrouvailles

Dans la capitale belge, tout avait l’air de retrouvailles entre de vieux amis. Toutefois, un brin de scepticisme a été constaté dans le chef des officiels belges. Si Alexander de Croo, vice-Premier ministre belge et ministre des Finances, chargé de la lutte contre la fraude fiscale et ministre de la Coopération au développement, se félicite de ce vent de renouveau qui souffle dans les deux rives, il s’est voulu cependant prudent, espérant voir Félix Tshisekedi poser davantage des actes qui rassurent.

En Belgique, semblait-il dire, abordé par Top Congo depuis Bruxelles, on est encore dans l’expectative. On attend voir Félix Tshisekedi donner le gage de son plein pouvoir à la tête de l’Etat. « Ce qu’on va décider ici c’est un programme de transition, qui continue ce qu’on fait pour l’instant dans trois domaines, la formation professionnelle, l’agriculture et les soins de santé », a nuancé Alexander de Croo, commentant les accords que le chef de l’Etat s’apprêtait à signer avec le gouvernement belge. Avant de se dévoiler : « C’est au pouvoir congolais de montrer qu’il y a une amélioration réelle pour la population congolaise, qu’on combat la corruption, que la situation sécuritaire s’améliore, que la vie des Congolais s’améliore ».

En Belgique, on croit que Félix Tshisekedi pourrait confirmer son emprise sur la marche de l’Etat congolais, tout en restant prudent. « Nous donnons davantage de doute au nouveau Président qui doit ou qui peut montrer, chaque jour, chaque mois, que la vie des congolais s’améliore. Si on arrive à réaliser cela, je pense que la Belgique sera certainement partenaire ».

C’est dire que le séjour belge de Félix Tshisekedi n’a pas aplani toutes les divergences. Il a certes fait sauter quelques verrous qui obstruaient les rapports entre les deux pays, toutefois les tensions diplomatiques de ces dernières années sont encore bien présentes à Bruxelles. La Belgique exige donc plus de garanties de Félix Tshisekedi pour s’engager dans une coopération durable. En signe de bonne foi, Bruxelles a posé un geste – du reste symbolique – en octroyant, quelques millions d’euros dans des secteurs à fort impact social. Il est certes disposé à faire plus, mais il attend que Kinshasa parvienne à le convaincre.

Prudence à Bruxelles

En effet, les autorités belges savent bien que «Entre la RDC et la Belgique, l’heure est à l’harmonisation. Les premiers contacts entre le chef de l’Etat Félix dirigeants africains ne travaillent pas pour le bénéfice de tous », note un analyste indépendant basé à Bruxelles. Il poursuit en ces termes : « Voilà pourquoi, dans ce cas d’espèce, l’autorité belge conditionne l’octroi de cette aide par le bon fonctionnement démocratique de l’État, la promotion de la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et le contrôle de gestion des deniers publics. C’est comme cela que ça se passe quand on est demandeur ».

Il ne s’arrête pas là : « Par ailleurs, les autorités belges n’ignorent pas que cette visite tombe au moment où un opposant, Mike Mukebayi, est emprisonné pour diffamation, que Guy Matondo, ancien ministre des Finances de la ville de Kinshasa, est à Makala pour détournement, qu’Oly Ilunga, ancien ministre de la Santé, est détenu pour détournement présumé, alors qu’au même moment le directeur de cabinet du chef de l’Etat, Vital Kamerhe, vaque paisiblement à ses occupations, malgré son implication présumée dans la disparition de 15 millions USD des caisses de l’Etat. Sans compter des marchés publics de gré à gré octroyés dans des conditions totalement floues à des sociétés nouvellement constituées. Une politique de deux poids deux mesures qui n’est pas passée inaperçue à Bruxelles ».

A tout prendre, Bruxelles attend juger Félix Tshisekedi aux actes. Il s’agit pour le chef de l’Etat de donner le gage de sa ferme détermination à lutter contre la corruption par la promotion de la bonne gouvernance dans la gestion de l’Etat congolais. C’est le passage obligé pour que Bruxelles délie le cordon de sa bourse en faveur de la RDC.