Jean-Paul Kahindo fustige le communautarisme et le replis identitaire au Nord-Kivu (Interview)

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Le Directeur de Cabinet du Gouverneur du Nord-Kivu, Jean-Paul Kahindo Maregani considère que le « communautarisme » et le « replis identitaire » sont des antivaleurs à bannir dans la Société congolaise. Pour lui, ces deux vices constituent un frein au développement, non seulement de la province du Nord-Kivu, mais aussi, de la République démocratique du Congo (RDC). Dans un entretien avec Lepotentielonline.net, Jean-Paul Kahindo met un accent particulier sur la « considération de la personne humaine » et la « promotion de la femme congolaise ». Cette interview nous permet également d’avoir un bref aperçu historique de celui qui est actuellement à la tête du Cabinet du nouveau gouverneur du Nord-Kivu, Carly Nzanzu Kasivita.

Interview

Vous êtes actuel Directeur de Cabinet du Gouverneur de province du Nord-Kivu, Comment vous sentez- vous dans cette peau?

Je suis fier que le Gouverneur de province du Nord-Kivu ait fait de moi son Directeur de Cabinet. C’est qui est vrai est que, c’est une lourde et grande responsabilité et un poids sur les épaules. Carly Nzanzu Kasivita est un géant en politique. Il a une vision et une philosophie. Je suis fier d’être à ses côtés. Je donnerai le meilleur de moi-même aux yeux des bénéficiaires de mes services au quotidien comme Directeur de Cabinet. Je suis à leur disposition. Ils ont plus un serviteur qu’un chef en face d’eux.

En peu de mots, qui est Jean-Paul Kahindo Maregani?

Je suis né dans la ville de Butembo, dans la partie Nord de la Province du Nord-Kivu où j’ai fait mes études jusqu’à obtenir mon diplôme d’État en 1990, en Sciences commerciales et administratives. En 1997, j’ai fini mes études universitaires dans la faculté des Sciences économiques à l’Université catholique de Graben de Butembo. Après un petit passage à Kinshasa, je suis parti en France où j’ai passé des formations professionnelles qui m’ont ouvert la porte au Groupe Lagardère, dans la partie édition où j’ai travaillé comme diffuseur de presse. J’ai passé 11 ans au sein de ce groupe jusqu’à devenir un cadre supérieur de commerce, avec le tout le dernier poste à l’aéroport Roissy Charles de Gaule.

Comment vous êtes-vous retrouvé en politique ?

Dans ce que je faisais au quotidien en France, j’étais appelé à rencontrer toutes catégories de personnes. Être diffuseur des livres au niveau international m’a ouvert des portes. C’est là que j’ai eu l’occasion de rencontrer beaucoup de politiques congolais qui étaient de passage à Paris et qui s’intéressaient aux livres. J’ai eu à rencontrer, à l’époque, beaucoup d’acteurs politiques. Et lors de mon retour au Congo, j’avais compris que mon pays restait un grand espace des grandes possibilités. J’ai multiplié des contacts avec des grands décideurs congolais et un jour sur ma piste, j’avais rencontré un géant en politique à la personne de Julien Paluku Kahongya, ancien Gouverneur du Nord-Kivu, actuel Ministre national de l’Industrie. Il m’avait accepté parmi les siens à l’époque, et j’ai évolué auprès de lui comme conseiller en matière de sécurité. C’est là que j’ai beaucoup appris en politique, jusqu’à devenir aujourd’hui Directeur de Cabinet de son successeur potentiel, Carly Nzanzu Kasivita qui a porté son choix sur ma personne.

Quelle lecture faites-vous de la vie sociale au Nord-Kivu ?

Il est vrai qu’à mon retour à Goma, j’avais constaté qu’il y avait un changement sur le plan beauté de la ville. La ville a maintenant des routes et des beaux bâtiments qui n’existaient pas, il y a 20 ans. Tout cela est bien beau. Mais il y a quelque une chose sur laquelle je dois revenir et insister car je me demande d’où ça vient. Nous jeunes devons lutter contre la stigmatisation communautaire qui est encore d’actualité au Nord-Kivu. C’est ces problèmes de communautarisme et du repli identitaire qui freinent la province. J’ai l’impression que, les gens ont perdu de plus en plus confiance les uns envers les autres. Ça se lie quotidiennement en province. Mon souhait personnel est que les gens se fassent confiance mutuellement, que nous voyons en nous des êtres humains que des membres d’une communauté, sans toutefois renier le droit à l’appartenance. Les Nord-kivutiens doivent exploiter positivement l’appartenance à une ethnie et non en faire toujours une arme contre les autres. Cela nous fait reculer et c’est très grave. Dans un pays ou dans une province, on peut avoir des belles routes et des beaux bâtiments mais si nous ne travaillons pas sur le vivre ensemble, ça sera difficile que d’avoir un Congo meilleur.

Quelle expérience de la France voudriez-vous partager avec vos compatriotes?

J’ai été marqué par mon arrivée en France sur la considération de l’être humain. C’est un pays d’accueil où on s’intéresse à tout le monde comme personne humaine sans pour autant s’intéresser aux origines ou aux appartenances ethniques. C’est une grande valeur que l’on devrait aussi cultiver au Congo et surtout au Nord-Kivu. Mettre l’Homme au centre de nos préoccupations. Nous devons avoir la même sensibilité à la douleur parce que,  que l’on soit noir ou blanc, on a tous mal quand on nous pince.  Nous devons développer au Nord-Kivu l’hospitalité, l’amour du prochain et c’est très capital pour le développement de la Province. Si aujourd’hui, nous mettons la compétence et l’objectivité au-devant de nos sentiments, cela va booster la construction du Nord-Kivu et de la République démocratique du Congo toute entière. Ce sont ces valeurs universelles que j’ai vécues en France que j’aimerai bien qu’on les applique en province du Nord-Kivu.

Un mot pour finir?

Je tenais à mettre un accent aussi sur la promotion de la  femme congolaise. Localement, nous n’avons pas assez promu la femme. Quand nous voyons la responsabilité qui incombe la femme congolaise, j’estime que dans divers programmes au pays, la promotion de la femme doit être parmi les grandes priorités. Imaginez combien de femmes aujourd’hui à Goma par exemple, s’occupent de leurs ménages à l’absence de l’homme. Dans les rues de Goma, l’on constate qu’il y a des femmes qui vendent çà et là pour faire survivre leurs familles. Autant des personnes sont nourries par ces femmes et nous devons être touchés par cela pour promouvoir la femme dans ce qu’elle fait au quotidien. Ça peut aider au développement de la province et du Pays.Propos recueillis par Melis BOASI