UDPS vs CLC : deux approches pour un même combat

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Isidore Ndaywel : « Si l’UDPS combat nos initiatives, elle est contre le chef de l’Etat »

Le Comité laïc de coordination (CLC) a appelé à une marche populaire le 19 octobre prochain pour dit non à l’impunité et à la corruption. Au siège du parti, l’UDPS, sur la 12ème Limete, on voit d’un mauvais œil cette initiative. Devant des militants surexcités, son secrétaire général Augustin Kabuya, a promis, mercredi dernier, de tout mettre en œuvre pour dissuader le CLC, convaincu, selon lui, que cette manifestation va dans le sens de déstabiliser le chef de l’Etat. Réponse du berger à la bergère, le CLC estime que l’UDPS serait contre Fatshi au motif que la mobilisation du 19 octobre vise à accompagner ce dernier dans sa croisade contre l’impunité et la corruption.

Le Potentiel

L’Union pour la démocratie et le progrès social (Udps)  est prête à dégainer sur tout ce qui se met en travers du chemin  du chef de l’Etat Félix Tshisekedi. En effet, l’Udps ne rate pas une occasion pour remettre à l’ordre tous ceux qui osent remettre en cause l’action du président de la République. C’est la nouvelle line de défense adoptée au siège de l’Udps.

Mercredi dernier, devant des militants surexcités, communément appelés « Combattants », le secrétaire général de l’Udps, Augustin Kabuya, s’est efforcé à remettre les pendules à l’heure. C’était aussi l’occasion de régler ses comptes au Comité laïc de coordination (CLC), qui a appelé à une marche populaire le 19 octobre prochain pour dénoncer l’inaction du nouveau pouvoir à Kinshasa dans la lutte contre l’impunité et la corruption.

A l’Udps, l’initiative du CLC est mal perçue. Les partisans de Félix Tshisekedi la considèrent comme une attaque directe destinée à déstabiliser le chef de l’Etat. Augustin Kabuya a promis de tout mettre en œuvre pour barrer la route au CLC.

Alors que le CLC mobilise l’opinion publique pour contraindre le pouvoir à faire toute la lumière sur la disparition d’un montant de 15 millions Usd recueillis auprès des pétroliers distributeurs, sans compter l’impunité qui gagne du terrain en RDC, le secrétaire général de l’Udps a demandé aux prêtres et à l’Eglise Catholique de ne pas se « mêler » de cette affaire.

Il est allé plus loin en déclarant que « l’UDPS ne va pas se laisser faire ». Prêt à lâcher les combattants de l’Udps dans la rue pour faire le contrepoids, Augustin Kabuya s’est voulu tranchant : « Je suis resté en dehors du gouvernement pour faire face à de telles provocations ».    

Quel est donc ce péché commis par le CLC qui lui vaut aujourd’hui une fatwa de l’Udps ? La question est sur toutes les lèvres.

Interrogé par la radio Top Congo, émettant depuis Kinshasa, le professeur Isidore Ndaywel,  l’un des leaders du CLC, a exprimé toute sa désapprobation. Ce grand historien de renom s’étonne de l’attitude va-t-en-guerre de l’Udps qui s’écarte, note-t-il, des idéaux de son combat politique depuis sa création en 1982. Le professeur Ndaywel est d’autant plus désemparé qu’il estime que l’appel du CLC va dans le sens d’emboucher le message du chef de l’Etat dans la lutte contre la corruption et l’impunité en RDC.

Pourquoi l’Udps s’agite-t-elle alors ? Le professeur Ndaywel est resté perplexe. Prenant au sérieux les menaces de l’Udps, le professeur Ndaywel prévient néanmoins que l’UDPS sera tenue comme « seul responsable de ce qui surviendra lors de la mobilisation du 19 Octobre prochain ». « Nous serions étonnés que l’UDPS soit contre le chef de l’Etat, parce que le chef de l’Etat a dit qu’il est contre la corruption et qu’il combat la corruption, or c’est l’option du CLC », a déclaré  l’historien au micro de Top Congo.

Quoi que ciblé par l’Udps, dont les combattants sont sur le qui-vive pour contrer le CLC, le professeur Ndaywel reste droit dans ses bottes. « Nous confirmons la marche pour le samedi 19 octobre, nous  invitons tous ceux qui sont contre la corruption et l’impuissance de la justice de bien vouloir nous rejoindre au cours de cette journée ;  que ça soit une journée réelle de protestation, une réelle journée ou nous cherchons à ce que notre pays soit mieux organisé », a-t il ajouté.

Dans sa détermination à aller jusqu’au bout de son combat, le CLC a reçu un soutien de taille. C’est notamment celui du président de l’Asadho, Jean-Claude Katende. Ce dernier a vivement condamné les propos belliqueux du secrétaire général de l’Udps. « Les propos de Kabuya Augustin à l’endroit du CLC sont condamnables. Ces propos sont contraires au combat de l’Udps », a réagi Jean-Claude Katende sur son compte Twitter.

Un combat, deux approches

A voir de plus près, l’on a du mal à comprendre la réaction disproportionnée de l’Udps à l’appel du CLC. Dns le fond, le CLC n’a apparemment commis aucun péché en s’alliant simplement au message du chef de l’Etat qui ne cesse de marteler, chaque fois qu’il en a l’occasion, sur sa ferme volonté de lutter contre la corruption et l’impunité. N’est-ce pas le discours qu’a toujours embouché l’Udps, bien avant d’accéder au pouvoir d’Etat ?

Décidément, le pouvoir avilit. L’Udps en est une belle illustration. Car, en l’espace de quelques mois, cet ancien parti de l’opposition a fondamentalement changé, au point de renier non seulement son combat mené depuis sa création en 1982, mais aussi de se détourner de son idéal. Sinon, en quoi l’appel à une grande mobilisation contre l’impunité et la corruption doivent-ils mettre l’Udps dans tous ses états ?

L’attitude incompréhensible de l’Udps est, pensent nombre d’analystes, cet arbre qui cache la forêt. Ceux-ci sont tentés de soupçonner certains de ses leaders d’avoir trempé dans les différentes magouilles que dénonce le CLC. Wait and see.

Le combat du CLC est toujours ce qu’a incarné l’Udps depuis toutes ces dernières décennies. Le temps aura-t-il usé le combat au point de faire aujourd’hui peu de cas de l’émergence d’un Etat de droit où la culture de la redevabilité est la règle d’or dans la gestion de la République.

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