Menkao : une adolescente de 14 ans meurt d’un avortement clandestin

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La problématique des avortements clandestins à risque, à Kinshasa, est devenue un véritable fléau qui cause mort et désolation dans plusieurs familles de cette ville. Tel a été le cas d’une adolescente de Menkao, à Maluku.

Luicie Ngusi

Kimbaku Elonga, 14 ans, a été conduite à sa dernière demeure le mardi 15 octobre 2019 au cimetière de Menkao, dans la commune de Maluku à Kinshasa. Cette adolescente a trouvé la mort des suites d’un avortement clandestin  qui lui a été imposé par son petit ami, Héritier non autrement identifié, âgé de 22 ans. 

D’après les témoignages des membres de sa famille, son bourreau lui aurait prescrit des médicaments, dont le Cytotec, afin de mettre fin à sa grossesse.

Malou, sœur aînée de la défunte, relate l’événement malheureux: « Je venais de faire le marché lorsque, à mon retour, j’ai trouvé ma sœur étalée à même le sol. Elle saignait et se plaignait de douleurs au niveau du dos et bas-ventre. Je l’ai conduite dans un centre de santé le plus proche. Malheureusement, nous n’avions pas été reçues. Après une autre tentative dans un deuxième centre, cela n’a toujours pas abouti. C’est au troisième centre qu’Elonga a été prise en charge.

Après évaluation de l’état général de la jeune fille et avoir réalisé les examens de routine, les suspicions d’un avortement clandestin se confirment et la fille passe aux aveux.  « Mon copain a tenté de me faire avorter. Il m’a donné des médicaments à avaler et à introduire dans l’organe génital ainsi qu’à me faire injecter », a relaté Elonga avant de rendre l’âme.

Son oncle paternel, Serge Mosemvula, larme aux yeux, explique avec regret le décès de sa nièce qui a plongé toute la famille dans la désolation. « Je n’ai plus à dire. La mort de ma nièce a affecté toute la famille », a-t-il dit.

Que justice soit faite

Cependant, l’auteur la grossesse et initiateur de l’avortement, Héritier, a été traduit en justice et condamné à 15 ans de prison ferme et à 10 millions de francs congolais d’amende pour ‘‘viol sur mineure et avortement criminel’’ par le  Tribunal de grande instance de Kinshasa/Kinkole. Cette décision,  prise au terme d’une audience foraine organisée la semaine dernière au marché de Menkao, a été salué par les habitants de Menkao qui ont fustigé cette pratique minable.

Appel à sensibilisation

Selon l’enquête démographique de la santé (EDS 2013-2014), l’avortement clandestin est placé comme deuxième cause de la mortalité maternelle en RDC. Et 27% de toutes les grossesses proviennent d’adolescentes âgées de 15 à 19 ans qui ont déjà eu une naissance vivante. Ces grossesses entraînent, très souvent, des avortements clandestins dans des conditions à haut risque.

Eu égard aux témoignages enregistrés sur le lieu du deuil, il est s’avère impérieux d’organiser des séances de vulgarisation du Protocole de Maputo, dans son article 14, alinéa 2, qui offre aux femmes, l’opportunité de recourir à un avortement sécurisé, et selon les cas spécifiques. Également, sensibiliser cette communauté aux différentes méthodes contraceptives, afin de planifier les naissances.

Plus souvent, dans des milieux ruraux, la méfiance et l’ignorance des méthodes contraceptives par des adolescentes sont à la base, lorsqu’elles tombent enceintes, de recourir aux avortements clandestins. D’où, la nécessité d’introduire les notions de la santé sexuelle et de la reproduction dans des écoles afin de prévenir des catastrophes.

À signaler que le préfet de l’école où étudiait la défunte Elonga, était venu lui rendre les derniers hommages. Il a saisi cette occasion pour lancer un appel à sensibilisation aux  questions liées à la santé sexuelle et reproductive des adolescents (élèves de son école).