Poursuite du processus électoral : la Céni jette l’éponge

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Du grain de sable dans le processus électoral. Censée poursuivre le processus jusqu’à son achèvement par la tenue des élections locales, urbaines et municipales, la Céni ne semble pas être en  mesure de relever le défi. Faute de moyens et de soubassements juridiques actualisés. C’est ce que révèle une source interne de la Centrale électorale. Comme en 2011, la suite du processus électoral entamé en décembre 2018 risque d’être renvoyée aux calendes grecques. Un piège sans fin dans lequel s’engouffrent des coureurs des postes sans vergogne.

Le Potentiel

Arrivé fin mandat depuis juin dernier, la Commission électorale nationale indépendante (Céni), devra soumettre incessamment son rapport à l’appréciation de l’Assemblée nationale avant de rendre le tablier.  Cela ne devrait plus tirer en longueur vu la tension qui gagne toutes les parties intéressées dans la désignation des membres de la nouvelle équipe dirigeante de la centrale électorale.

Mais, le problème réside ailleurs. En effet, la Céni était censée poursuivre le processus électoral par la tenue des élections locales, urbaines et municipales. À ce jour, aucun calendrier n’a encore été fixé. Comme toujours, la Céni se bute à un problème de moyens, indique une source généralement bien informée. Et d’ajouter que le gouvernement tarde à donner les assurances en ce qui concerne le financement de la suite du processus.

Le temps s’égrène. Comme en 2011, il y a risque qu’il n’y ait pas d’élections locales, urbaines et municipales. Et pour cause ?

Depuis quelques jours, les états-majors des plateformes politiques et ceux de la société civile se livrent une bataille médiatique sur les éventuels remplaçants de Corneille Nangaa et de son équipe. Des noms circulent, mais tout de suite contestés les uns par les autres.

C’est de bonne guerre, disent d’aucuns tandis que d’autres condamnent la course effrénée aux postes sans prendre le temps de s’appesantir sur la procédure en la matière de même que sur les préalables financiers et juridiques y afférents. Il est fait état de la révision  de la loi électorale, de la loi organique de la Céni, mais aussi de la Constitution. Raison, ces lois contiennent des faiblesses et des limites qui compliquent aujourd’hui la poursuite du processus électoral.

Le fond du problème c’est que chacun y va  de sa manière et l’on craint que la brèche ouverte ne devienne un goulot d’étranglement à toute discussion utile et citoyenne.

Qu’adviendra-t-il en cas de blocage? C’est la grande interrogation. Comme en 2011, l’on devra donc se rabattre sur le gouvernement pour une solution palliative laquelle pourrait évidemment passer par des nominations au sein de la petite territoriale.

Dans le volet « préalable financier », des spécialistes notent les limites du gouvernement à garantir un financement conséquent des élections municipales, urbaines et locales du fait du nombre exorbitant des entités concernées par ces scrutins.  En clair, le gouvernement sera partagé entre soutenir les grands chantiers retenus dans le programme du chef de l’État, notamment la gratuité de l’enseignement de base et organiser les scrutins restants. 

« Tout sera connu, lorsque le président de la Céni ira présenter son rapport général à l’Assemblée nationale », soutient pour sa part un juriste qui a requis l’anonymat.

Prémonitoire

En mai dernier, le président de la Céni avait déjà abordé la question sans aller dans le fond, lors d’une rencontre avec les responsables des médias locaux.À cette occasion, il avait regrettéle fait que les élections locales n’aient pas été organisées le 30 décembre 2018. « Nous venons de rater une occasion. Nous étions en mesure d’organiser, le 30 décembre, tous les scrutins. On aurait fait des économies. C’est le grand regret que nous pouvons avoir. On aurait pu voter à tous les niveaux. Ce n’est pas normal d’être permanemment en situation électorale », avait dit Corneille Nangaa.

Selon lui, le choix de trois scrutins était inscrit dans l’accord politique de la Saint-Sylvestre.

Levée de boucliers dans la société civile

Au même moment, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Eglise du Christ au Congo (ECC) ont fait part de leur inquiétude sur le retard dans la convocation de l’électorat pour les élections locales. Les évêques et pasteurs du Congo sont montés au créneau et ont lancé une grande pétition pour exiger la tenue de ces scrutins. Renforcer la démocratie locale pour contrebalancer le manque de représentativité et de légitimité des élus nationaux.

L’incertitude qui plane sur la tenue des élections locales, urbaines et municipales a fini par alerter la société civile. En juin dernier, la Ligue des électeurs a insisté pour que l’élection des maires, des bourgmestres et autres  ne soit plus le fait du prince. Elle a décidé d’en appeler directement au chef de l’État pour décanter cette situation. Son secrétaire exécutif national, Patrick Ngoyi, a expressément demandé au président Félix Tshisekedi de s’investir pour enfin instaurer une véritable démocratie à la base.

« Il faut que ces élections se tiennent pour que les autorités soient plus proches de leurs élus. Parce qu’au niveau local, ce sont des autorités qui sont connues de leur population et qui vivront avec elle et qui seront obligées de répondre à leurs attentes au quotidien », a rappelé Patrick Ngoyi.

En même temps, la société civile a mis en garde les autorités du pays : «Si elles ne le font pas, les populations, les électeurs seront en mesure d’actionner les différents leviers constitutionnels et les voies qui existent pour pouvoir tirer la sonnette d’alarme, pour pouvoir sanctionner ces personnes-là. Mais tant que ce sont des autorités qui dépendent de l’autorité suprême qui est le chef de l’État, elles se disent qu’elles n’ont rien à craindre. Tout ce qu’il faut, c’est plaire au président de la République qui les a nommées. Tant que le président de la République n’en a pas décidé autrement, rien ne peut leur arriver. Alors nous avons vécu ça, ce sont des petits roitelets qui n’ont rien à devoir aux populations qui sont sous leur administration. Donc il faut qu’on arrive à mettre un terme à cela. Nous devons arriver à des élections locales, ou faire fonctionner les mécanismes démocratiques au niveau de la base, que les populations locales elles-mêmes puissent participer au choix de leurs élus locaux. Alors comme le président Félix Tshisekedi est au tout début de son mandat, il y a lieu de marteler pour que cette option politique soit levée ».

Organiser les élections locales, urbaines et municipales relève désormais de l’utopie.   En RDC, l’histoire est un éternel recommencement. Comme en 2011, le processus électoral s’est donc arrêté le 30 décembre 2018. Après, il n’y a plus rien.

Dans la classe politique, le débat se focalise maintenant sur le remplacement du bureau et des membres de l’Assemblée plénière de la Céni. Ces postes font l’objet de chaudes empoignades de part et d’autre.