Devoir de mémoire : il y a 23 ans, Mgr Christophe Munzihirwa a été assassiné à Bukavu

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29 octobre 1994 – 29 octobre 2019, cela a fait 23 ans depuis que Monseigneur Christophe Munzihirwa a été sauvagement assassiné, le 29 octobre 1996 à Bukavu, par un commando rwandais qui a attaqué la ville de Bukavu et les camps de réfugiés Hutu.

« Nul n’a le droit d’effacer une page de l’histoire d’un peuple, car un peuple sans histoire est un monde sans âme », dit-on. Le peuple africain en général, et congolais en particulier, est plus préoccupé par le présent au point d’oublier un récent passé qui a marqué l’histoire de son pays, de sa communauté et même de sa famille. Cette culture est à bannir car, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir.

Qui est Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo ?

Né le 1er janvier 1926 à Burhale (au Kivu), Monseigneur Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo a été assassiné le 29 octobre 1996 à Bukavu, en République démocratique du Congo (ex-Zaïre). Il était un prêtre jésuite congolais, Professeur de Sciences sociales, puis Supérieur provincial des jésuites du Congo. En avril 1990, il devient évêque de Kasongo puis archevêque de Bukavu en 1994. Christophe Munzihirwa est assassiné le 29 octobre 1996.

Après la démission complète des responsables civils et militaires de Bukavu et de la région, Munzihirwa restait la seule autorité à s’occuper du sort d’une population abandonnée à elle-même. Plus particulièrement, lors de l’attaque de la ville de Bukavu et le début des massacres de réfugiés Hutu, au Sud-Kivu (ex-Zaïre) par l’armée du président rwandais, Paul Kagame. Les responsables du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) avaient plié bagage, bien avant le mois d’octobre 1996 et l’attaque de la RDC (ex-Zaïre) était imminente.

La première victime de cette attaque a été Mgr Christophe Munzihirwa. Il n’avait ménagé aucun effort pour aider les réfugiés. Le soir de son assassinat, il venait de sauver les sœurs trappistines d’origine Tutsi, en les déplaçant vers un lieu où elles se sentaient en sécurité. Le soutien moral et humanitaire de l’archevêque en faveur des réfugiés faisait monter la moutarde au nez du gouvernement rwandais du Front patriotique rwandais (FPR) contre les religieux zaïrois (congolais). Raison pour laquelle Mgr Munzihirwa et d’autres missionnaires espagnols ont été la première cible du commando armé qui a attaqué la ville de Bukavu et les camps de réfugiés Hutu.

Chronologie des faits

Le lundi 28 octobre 1996, la veille de son assassinat, Mgr Munzihirwa avait convoqué une réunion du ‘Comité de défense des intérêts de la population’ à l’archevêché. Constitué spontanément autour de l’archevêque, ce comité voulait tenter de mettre fin au chaos, au pillage et aux meurtres. La réunion a eu lieu comme prévu, le mardi 29 octobre 1996, à 14 heures.

Parmi les membres de ce comité d’une vingtaine de personnes, appartenant à la société civile, on peut citer Dr Miteyo ainsi que les témoins oculaires de l’assassinat de l’archevêque de Bukavu : M. Kabego, M. Mamboleo, M.Lwango, M. Chimanuka, M. Kasaza et M. Biringanine. Ce dernier a été abattu par le commando FPR à la Place Nyawera, au moment de l’attentat contre l’archevêque de Bukavu. À maintes reprises, la Société civile du Sud-Kivu a lancé un cri d’alarme à la communauté internationale pour que celle-ci intervienne à temps pour sauver la population. Mais, sans succès. Comme le décrivent notamment Dr Bruno Miteyo, Joseph Sagahutu, Béatrice Umutesi, les missionnaires occidentaux résidant à Bukavu ainsi que les différents rapports des ONG et de la Société civile, la situation était « grave et dangereuse ».

Les infiltrations armées à partir du Rwanda voisin et dans la ville d’Uvira (Sud-Kivu) se faisaient désormais au grand jour. Les cadavres des congolais et des réfugiés jonchaient toutes les rues, les tirs de mortier à partir de la frontière rwandaise se faisaient entendre jusque dans la ville de Bukavu surtout à partir du 22 octobre 1996. Le 29 octobre, les rebelles (FPR/AFDL) avaient pris position partout dans la ville.

La population fuyait en masse, y compris l’armée régulière zaïroise. Les messages écrits de l’archevêque montrent qu’il avait l’intention de demander à la population de ne pas déserter la ville et les villages et surtout de solliciter- pour la population congolaise et des réfugiés rwandais et burundais- une intervention humanitaire urgente. La communauté internationale est restée sourde à ses appels de paix.

Dans ses lettres pastorales du mois d’octobre jusqu’au jour de son assassinat, l’archevêque de Bukavu y dénonce l’enrôlement forcé des enfants par l’armée du FPR et la pose « des mines antipersonnel », « les attaques répétées du Rwanda contre l’est du Zaïre », lesquelles attaques avaient « déjà fait de nombreuses victimes civiles dans le Kivu ». Cette situation catastrophique préoccupait la Société civile de Bukavu.

Un pasteur dévoué est assassiné

Le mardi, 29 octobre vers 18 heures locales, juste après la réunion, Mgr Munzihirwa quittait l’archevêché pour rentrer au Collège jésuite Alfagiri où il voulait passer la nuit. Il était accompagné de son chauffeur et d’un garde-corps, un militaire zaïrois chargé de lui faciliter le passage aux postes de contrôle installés un peu partout dans la ville.

Un deuxième véhicule appartenant à M. Kabego le suivait de près depuis l’archevêché. Au croisement des routes sur la place du marché de Nyawera, la voiture de l’archevêque a été immobilisée par des tirs en rafales d’un commando rwandais du FPR déjà stationné sur le lieu. M. Biringanine qui était dans la voiture de M. Kabego a été abattu à l’aide d’un fusil par les militaires FPR. L’escorte de l’archevêque est abattue (son garde du corps et son chauffeur). Mgr Munzihirwa sort de la voiture et, croix en main, se dirige vers les militaires.

Les militaires l’ont d’abord soumis à un interrogatoire et aux tortures près de la clôture de la SINELAC, puis, ils l’ont exécuté. Le corps de l’archevêque est resté jusqu’au lendemain tel qu’il est sur la photo de couverture du livre d’Ambroise Bulambo.

Les Pères Xavériens de Vamaro ont réussi à obtenir l’autorisation de récupérer le corps de Mgr Munzihirwa qui, aujourd’hui, repose à l’entrée principale de la cathédrale de Bukavu, Notre Dame de la paix. Son inhumation a eu lieu le 31 octobre 1996, le jour même de l’attentat commis par le même commando FPR contre les quatre missionnaires espagnols de Bugobe (RDC), appartenant à la congrégation des Frères Maristes. Il s’agit de Servando Mayor Garcia, né à Hornillos del Camino (Burgos) ; Julio Rodriguez Jorge, né à Piñel de Arriba (Valladolid) ; Miguel Angel Isla Lucio, né à Villalain (Burgos) ; Fernando de la Fuente, né à Burgos.

En tout état de cause, le devoir de mémoire nous oblige de rappeler ces faits historiques qui font partie de l’histoire de notre pays. Car, dit-on, « Nul n’a le droit d’effacer une page de l’histoire d’un peuple, car un peuple sans histoire est un monde sans âme ». Nos enfants, nos petits-enfants et nos arrières petits-enfants doivent connaitre l’histoire de leur pays et les différentes dates historiques qui l’ont marquée.

Par Stanislas Ntambwe

One thought on “Devoir de mémoire : il y a 23 ans, Mgr Christophe Munzihirwa a été assassiné à Bukavu

  1. Merci de nous rappeler cet illustre pasteur de l’Église catholique qui a protégé ses brebis jusqu’au sacrifice suprême de verser son sang pour elles. Puisse le procès en béatification voir le jour et honorer son martyre pour tout le peuple congolais, Malgré le message chrétien de pardon, nous ne devons jamais oublier la barbarie de ses bourreaux rwandais et le sacrifice de ce grand patriote congolais. J’ai été avec Mgr Munzihirwa dans le même bataillon au camp militaire CETA (centre d’entraînement des troupes aéroportées) de N’djili en 1971, quand l’ancien président Mobutu avait fait enrôler tous les étudiants de l’ancienne université Lovanium dans l.Armée nationale congolaise (ANC), une armée forte et dissuasive, que nous avons quittée avec le grade de Sergent!
    Que Dieu bénisse tous les fils et filles du Congo tombés sur le champ de bataille de la liberté et du progrès social de tous sans exception et que la flamme de notre patriotisme demeure brillante à jamais.

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