Insécurité grandissante à Kinshasa et ailleurs : Le climat des affaires en péril

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Tout est mis en œuvre pour bloquer le programme économique de Fatshi.

« L’argent n’aime pas le bruit ». Cette maxime bien connue des hommes d’affaires est au cœur de tout processus d’investissement. En RDC, la paix et la sécurité pèsent énormément dans les décisions d’investir. Le pays en pâtit d’ailleurs depuis les troubles récurrents des années 1990. L’avènement de Félix Tshisekedi a ouvert une nouvelle ère. Des promesses d’investissement se multiplient. Une fois de plus, l’insécurité qui gagne la ville de Kinshasa et d’autres coins de la RDC pourraient constituer une pesanteur à la détermination du chef de l’État de relancer l’économie congolaise.

Le Potentiel

Kinshasa, miroir de la RDC, ploie sous une insécurité permanente. Le banditisme urbain, généralement connu sous la dénomination du phénomène « Kuluna », gagne de plus en plus du terrain.

Loin de Kinshasa, l’Est de la RDC reste toujours instable, minée par des tensions interminables. Dans le Grand Katanga, poumon économique de la RDC, des poches d’insécurité se multiplient en même temps. Sans le compter, le Grand Kasaï qui est encore loin de panser ses plaies, après les moments troubles du phénomène « Kamuina Nsapu ». En RDC donc, vaincre l’insécurité et garantir une paix durable, c’est le passage obligé pour donner plus de visibilité au monde des affaires.

En effet, depuis son accession à la magistrature suprême, Félix Tshisekedi envoie des signaux forts envers le monde des investisseurs. À chacune de ses sorties, dans le pays comme ailleurs, le chef de l’État ne cesse de lancer des appels pour attirer davantage les investisseurs. Mais, le monde des affaires est réticent lorsqu’il met sur la balance la donne sécuritaire et le l’assainissement du climat des affaires. Car, en RDC, la sécurité et la paix ne sont pas encore au rendez-vous. Çà et là, des troubles récurrents persistent inexorablement. Dans les provinces de l’Est, des bruits de bottes sont encore audibles. Un mauvais signal pour le monde des affaires.

Qui devait en pâtir ?  Sur le plan politique, c’est avant tout le chef de l’État. Comment convaincre des investisseurs à venir en RDC dès lors qu’ils ne sont pas convaincus de la sécurité de leurs investissements. Une équation difficile pour le président de la République.

Une donne indispensable

Dans le dernier rapport Doing Business de la Banque mondiale, édition 2020, la RDC n’a gagné à peine qu’une place. Les tensions électorales de 2018 et l’incertitude qui a plané autour de la formation du gouvernement ont eu un impact négatif dans la mise en œuvre des réformes programmées par l’Agence nationale pour la promotion des investissements (Anapi).

Au-delà de la bonne volonté de l’Anapi à impliquer plus d’acteurs étatiques et non étatiques dans l’assainissement du climat des affaires, la donne sécuritaire s’impose comme un paramètre déterminant dans la prise de décision d’investir.

Vu sous cet angle, rétablir la sécurité sur toute l’étendue de la RDC pourrait servir d’élément déclencheur aux investissements directs étrangers. Dans ces conditions, la mise en œuvre ou l’annonce à grande pompe des réformes ne suffisent pas. C’est la paix et la sécurité qui conditionnent tout.

Après les différents voyages officiels du chef de l’État aussi bien aux États-Unis, en Europe qu’au Japon, on s’est rendu compte qu’il y a une nette volonté du monde des affaires à découvrir le marché congolais. Quoi qu’attirés par le fort potentiel du marché congolais, ces investisseurs sont pour le moins réticents. La plupart d’entre eux hésitent encore. Pour de bonnes raisons d’ailleurs.

Il ne faut pas non plus mettre de côté l’incertitude politique, pour autant que l’escalade verbale entre le FCC et le CACH, deux partenaires à la coalition gouvernementale, ne donne pas de garanties d’une accalmie de longue durée. Sur la scène politique, tout peut s’embraser. Et à tout moment.

Comme un puzzle, on a l’impression qu’un plan est en train d’être concocté pour déstabiliser le mandat de Félix Tshisekedi. En semant l’insécurité dans différents coins, l’objectif est de faire fuir les investisseurs. Ce qui mettra inévitablement en mal le projet économique de Félix Tshisekedi d’une grande ouverture de l’économie congolaise aux investisseurs.

Parallèlement, le FCC, partenaire de CACH à la coalition, tente à sa manière de mettre des peaux de bananes sur le chemin du président de la République. Quoique partenaire, le FCC craint que Félix Tshisekedi ne réussisse son mandat. Ce qui, craint-il, pourrait hypothéquer ses chances aux prochaines élections de 2023.

Est-ce à dire que Félix Tshisekedi est condamné à échouer ? Pas nécessairement. Tout dépendra de sa détermination à imposer ‘l’autorité de l’État sur l’ensemble de la RDC. La Constitution lui donne autant de prérogatives pour agir dans ce sens. Quant aux velléités de son partenaire à la coalition qui souffle apparemment le chaud et le froid, ce n’est que par le travail que le chef de l’État fera taire tous ses détracteurs.

D’ores et déjà, pour ses premiers mois à la présidence, Félix Tshisekedi a envoyé des signaux qui rassurent. Il a intérêt à poursuivre sur la même lancée. Qu’importent les obstacles – sécuritaires et autres – qu’on tente de placer sur son chemin.