Nord-Kivu : Au moins 88 suspects arrêtés par l’armée depuis le lancement des « opérations d’envergure » à Beni

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Ce chiffre a été livré le jeudi 14 novembre à LePotentielonline.net, par l’avocat Près la Cour militaire du Nord-Kivu qui instruit le dossier. Nombreux d’entre ces civils ont été arrêtés dans la zone opérationnelle, alors que les combats contre l’ennemi étaient déjà en cours. Ils sont détenus à l’auditorat supérieur opérationnel à Beni.

26 des 88 arrêtés dans le Graben, sont originaires de Kamwanga, Kalyanzuki, Isale-Bulambo et même de Butembo. Ils sont arrivés jeudi à Beni via la ville de Butembo, après avoir été immobilisés depuis le lundi 11 novembre, dans la zone de bataille en chefferie de Bashu.

La justice militaire essaie de tisser des renseignements suffisants en vue d’établir la responsabilité pour leur implication ou non au sein de la rébellion ougandaise ADF. Le colonel Jean-Baptiste Nkumbu Ngoma indique que ces arrestations se justifient par le fait que ces hommes ont pu demeurer dans une zone de combats, malgré le préavis qui leur avait été donné quelques jours plus tôt.

Cependant, si leur culpabilité n’est pas prouvée, l’avocat militaire promet que tous seront relâchés dans un temps record. Toutefois, il prévient que ceux dont le rapport de participation au mouvement insurrectionnel sera établi seront jugés par les juridictions compétentes.

Des prisonniers de guerre qui plaident non coupables

Au cours d’un entretien exclusif avec LePotentielonline.net, ces détenus ont expliqué les circonstances lors de leur arrestation par l’armée congolaise.

« Les affrontements ont eu lieu quand on faisait les champs. Nous avons entendu des détonations et nous voulions retourner dans un lieu sûr, mais nous avons rencontré l’armée qui nous a arrêtés et nous a obligés de transporter ses vivres. Nous avons même accompagné l’armée et elle s’est battue contre l’ADF en notre présence. On a promis de nous libérer mais nous sommes surpris de nous retrouver ici », disent-ils.

Ils témoignent par ailleurs avoir été brutalisés par certains militaires et que leurs conditions de détention ne sont guère enviables. A les en croire, c’est sur mot d’ordre d’un élu local qu’ils ont continué leur récolte, espérant que rien de bricole ne leur arrivera.

« Ceux qui nous ont arrêtés nous ont giflés ; nous avons été torturés. Ils nous ont bien sûr annoncé qu’ils lanceraient des attaques à ces périodes mais, un député nous a demandé de récolter d’abord et de revenir après. Nous, nous pensions qu’il n’y aura rien qui va nous arriver. Depuis que nous avons été arrêtés, c’est ce matin que nous venons de prendre du thé. Depuis le lundi, nous n’avons jamais mangé », ont témoigné ces détenus jeudi dernier.

Parlant de leur probable collaboration avec l’ADF, ces cultivateurs avouent avoir plusieurs fois été contraints de leur fournir à manger, chaque fois que ceux-ci faisaient irruption dans leurs champs. Cependant, ils indiquent n’avoir jamais connu les bastions où se retranchaient l’ADF après son forfait.

« Nous, on ne sait pas où les ADF se cachaient, bien sûr qu’ils arrivaient dans nos champs. Nous leur donnions à manger et ils nous laissaient nos récoltes. Ils n’avaient jamais des programmes pour revenir dans nos champs. Et quand ils venaient, nous leur donnions ce qu’ils nous demandaient avant qu’ils ne repartent mais, nous ne savions jamais où ils passaient nuit. La réalité à laquelle nous avons fait face, les soldats nous arrêtaient puis nous torturaient, nous demandant de les amener où se cachait l’ADF. C’est ce qui nous a amené à couper la collaboration avec l’armée congolaise. Nous faisions face à des hommes armés presque de la même manière ; nous étions dans une confusion parce qu’on ne savait pas les différencier », chutent-ils.

Charles M. Bin Kisatiro, correspondant à Beni