10 milliards USD de budget en 2020 à l’épreuve du réalisme !

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10 milliards de dollars américains, c’est le montant aligné dans le projet de budget 2020, en examen à l’Assemblée nationale depuis ce lundi. Par rapport au budget de l’exercice 2019, le bond est spectaculaire. Tout autant le défi en termes de mobilisation des recettes. Le Premier ministre, Ilunga Ilunkamba, y croit. Mais, l’opinion publique paraît sceptique. Au Parlement, c’est le réalisme qui est à l’épreuve. Au nom du pragmatisme, les députés et sénateurs ont le devoir d’adopter un projet de budget qui prend réellement la capacité contributive de l’Etat congolais.

Le Potentiel

C’est parti avec l’examen du projet de budget de l’Etat pour l’exercice 2020 ! Tout compte fait, les députés et sénateurs ont moins d’un mois pour passer au peigne fin le projet leur soumis lundi, en première lecture, par le Premier ministre, le professeur Sylvestre Ilunga Ilunkamba.

C’est un budget à la fois ambitieux et contraignant pour le gouvernement. Il est contraignant par rapport aux grandes attentes du chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, qui attend, au travers de ce projet budgétaire, donner les gages de sa volonté de faire bouger réellement les lignes, tout en engageant le pays dans un vaste programme de reconstruction. Il est tout autant ambitieux par la hauteur de son montant, soit l’équivalent de 10 milliards Usd.

Le Premier ministre en a d’ailleurs fixé le cadre. « Il (Ndlr : le projet de budget 2020) reprend une série d’actions et de réformes à entreprendre en vue de permettre à notre pays de poursuivre sa marche vers le développement, la modernisation et la réduction de la pauvreté et des inégalités ».

« Ce projet de budget est essentiellement calqué sur le programme de votre gouvernement, qui s’articule autour de « quinze (15) piliers, regroupés en quatre grands secteurs, à savoir : le secteur Politique, Défense et Sécurité, le secteur Economie et Finances, le secteur Reconstruction, le secteur Social et Culturel ».

Les principales innovations qu’apporte ce projet de budget sont : « la mise en œuvre de la gratuité de l’enseignement primaire initiée à partir de septembre 2019 ; la couverture santé universelle, par la construction, la réhabilitation et l’équipement des infrastructures sanitaires ; le fonctionnement effectif de la Caisse nationale de péréquation ; le démarrage de la construction du Port en eau profonde de Banana  ; l’informatisation de la chaîne de la recette ; la mise en place d’une infrastructure financière et des marchés ; la mise en place du Fonds minier pour les générations futures ».

Le discours politique face à la vérité des chiffres

Pour le premier budget de sa mandature, le chef de l’Etat a voulu marquer les esprits. Mais, sur le terrain, le gouvernement devra se soumettre à l’épreuve des faits. Et en RDC, les faits sont tels que le pays présente une faible capacité contributive. Avec sa pression fiscale qui tourne en moyenne autour de 9%, le gouvernement Ilunga Ilunkamba pense la ramener à 13,3%, soit un bond de plus de 4% par rapport à l’exercice 2019.

Si le projet de loi de finances de l’exercice 2020 contient un budget présenté en équilibre, en recettes et en dépenses, à hauteur de 16.895,8 milliards de FC, soit un taux d’accroissement de 63,2% par rapport à l’enveloppe de 10.352,3 milliards de FC fixés dans la loi de finances de l’exercice 2019, il pose de sérieux problèmes quant au volet recettes. Le plus grand défi en 2020 sera d’atteindre le seuil de 10 milliards Usd de recettes pour financer toutes les dépenses prévues. C’est le plus grand chantier qui attend l’Exécutif central.

Bien avant d’engager le débat général de ce projet budgétaire, on signale de fortes dissensions au niveau du Parlement. En effet, dans les rangs des parlementaires, ils sont de plus en plus nombreux à fustiger le caractère irréaliste du projet de loi de finances 2020. La plupart des élus pensent déjà influencer le Parlement à rabattre ce projet de budget en le ramenant dans des proportions acceptables et réalistes, c’est-à-dire celles qui correspondent à la capacité réelle de mobilisation de l’Etat.

Dans leur jugement, cette frange importante d’élus nationaux prend en compte les difficultés qu’éprouve toujours le gouvernement à réaliser pleinement les assignations des budgets antérieurs. Le projet de reddition des comptes de l’exercice 2018 en est une belle illustration, alors que le budget de l’Etat de cet exercice tournait autour de 6 milliards Usd. Par quelle magie, note-t-on, le gouvernement pourra-t-il atteindre la barre de 10 milliards Usd en 2020 ? C’est tout le problème.

On s’attend donc à ce que le Parlement se montre pragmatique. Le premier round se joue bien évidemment à l’Assemblée nationale qui a entamé depuis lundi l’examen de ce projet en première lecture, avant le round final au Sénat.

Faut-il céder au discours politique et sacrifier le réalisme qui doit rythmer tout projet budgétaire ? C’est l’énigme à laquelle seront confrontés jusqu’au 15 décembre 2019 – date de la clôture de la session en cours – les deux Chambres du Parlement.

Deux logiques s’affrontent. Il y a d’un coté, celle de la vérité des chiffres en prenant en compte la capacité contributive de l’Etat congolais, et de l’autre, le discours politique qui aligne de grands projets, sans prendre préalablement en compte les prédispositions de l’Etat congolais à les financer, sans briser en même temps l’équilibre budgétaire.

De tout temps, le financement monétaire des déficits publics a révélé ses effets dévastateurs sur les équilibres macro-économiques fondamentaux. C’est une pratique que le gouvernement s’est interdit à mettre en œuvre en 2020, préférant financer tout déficit du compte public par les émissions des bons du Trésor ou, à défaut, par des appuis budgétaires, pour le moins aléatoires.

Il y a donc un devoir pour le Parlement, autorité budgétaire par excellence, de donner à l’Etat congolais un budget qui correspond réellement à la taille de son économie. Dans d’autres horizons, 10 milliards Usd de budget de l’Etat seraient dérisoires. Mais, les faits sont tout autres. L’économie congolaise étant en reconstruction, il serait dangereux de mettre la charrue avant le bœuf. Il ne faut pas non plus obliger le gouvernement, en cas d’assèchement des ressources budgétaires, de recourir à la planche à billets de triste mémoire pour financer une catégorie de dépenses.

Revenir à la raison

Il n’est pas tard pour revenir à la raison. Les députés et sénateurs ont entre leurs mains l’avenir de toute une nation. Il y a un grand héritage à protéger, c’est-à-dire la fragile stabilité du cadre macro-économique. Il suffit d’une étincelle, notamment un relâchement dans les finances publiques, pour que tout l’édifice s’écroule.

Donner à l’Etat un budget qui prend véritablement en compte sa capacité de mobilisation des recettes est le schéma idéal pour éviter un saut dans le vide à l’exercice budgétaire 2020. La balle est dans les camps de deux Chambres du Parlement.

Dans la conclusion de sa présentation de projet de loi de finances 2020, le Premier ministre a trouvé des mots justes pour évoquer subtilement cette question. « J’espère vivement que, pendant l’examen de ce budget, chacun se doit de  comprendre qu’il s’agit là avant tout de l’intérêt supérieur de la nation, et donc d’un enjeu dépassant les clivages politiques et qui nous place devant l’impératif d’une union sacrée pour le Congo. J’ai donc bon espoir que les dignes représentants des Congolais, conscients des responsabilités qui pèsent sur leurs épaules, sauront, dans un élan politique éclairé, examiner positivement ce texte de loi de finances de l’exercice 2020, afin de permettre au gouvernement de la République de disposer de moyens conséquents pour l’exécution de son programme d’action ». C’est tout dit.