LA RDC MALADE DE SON ELITE

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C’est un drame national! L’élite congolaise s’éloigne de plus en plus des préoccupations du peuple et irrigue de son discours parfois abscons, parfois panégyrique et cousu de contre-vérités, le débat politique. Quand on  observe ce petit monde, avec ses travers abjects, la déduction est vite faite: la RDC est malade de son élite.

« Elite congolaise, à quoi sert-elle ? ». Cette question revient toujours dans les débats au sujet de la situation politique, économique et sociale de la RDC, qui est en fait déplorable et rend difficile son émergence.

Il n’est pas faux de dire que L’élite congolaise, déjà amoindrie par les électrochocs de l’histoire, a subi la lobotomisation ultime. Plus de pouls, plus d’influx nerveux, on peut rabattre le drap sur le visage de cette caste déjà en décomposition et organiser les funérailles.

Il suffit d’écouter leurs échanges à la radio, de regarder leurs débats à la télévision, l’on se rendra, vite, compte de la tragédie qui touche l’élite congolaise : elle est  dépourvue de sens moral et éthique et incapable de jouer son rôle face à la perte des valeurs et des principes, face à la violation de la loi, même lorsque cela porte atteinte aux symboles de la nation et aux institutions de la République.

ÉCHEC DE L’ELITE

Les Congolais sont aujourd’hui embarqués dans une crise qui ne cesse de prendre de l’ampleur au vu et au su de l’élite en panne de réflexion, incapable de dire la vérité au pouvoir, s’opposer aux injustices institutionnalisées , combattre les idées reçues et les préjugés.

La situation politique, économique et sociale de la RDC est angoissante et incompréhensible. Elle est potentiellement dramatique. Elle risque d’avoir des répercussions destructrices pour l’État et pour les jeunes générations qui ne connaissent que haine, animosité, règlement de comptes et conflits de valeurs entre politiciens dont l’objectif principal est l’assouvissement de la soif de pouvoir.

Face au manque de sagesse et de volonté politique, le conflit a atteint une telle tension qu’il risque de désagréger les institutions de la République.

Par conséquent, l’État se retrouve faible, ou affaibli intentionnellement, par une classe politique faible, elle aussi, à tous les niveaux, et qui semble n’avoir aucune culture de l’État. Une classe politique incapable de mesurer le poids de la responsabilité qui lui est confiée et ne réalise à quel point elle porte préjudice au pays : les concepts se sont renversés, les valeurs perdues, la servilité et l’obédience sont érigées en politique d’État.

Faut-il rappeler que cette crise qui perdure  n’est que la conséquence de l’élection présidentielle controversée de 2006 ? Treize ans après, rien n’a été mis en œuvre pour que les élections soient organisées normalement. Et la RDC restera otage de toutes sortes de manœuvres politiciennes aux relents de calculs étroits et de basses tactiques tant que cette situation ne changera pas.

Ce n’est pas faire injure à l’élite congolaise que de dire qu’elle ne joue pas son rôle face à la classe politique, ni vis-à-vis du peuple et de la nation; qu’elle n’est pas à mesure de s’acquitter de ses tâches car elle est prise dans l’engrenage de l’opportunisme… Elle doit le savoir parce qu’elle a échoué.

Les Congolais n’ont point besoin d’une élite amorphe et dont la cupidité se dispute à la fourberie. Ils ont besoin d’une élite à même de leur apporter des solutions pour se tirer du bourbier dans lequel ils se trouvent actuellement.

L’ÉLITE A BESOIN D’UN NOUVEAU SOUFFLE

Le rôle d’un intellectuel, s’il faut parler de cette élite, n’est pas de produire des louanges par la soumission contreproductive pour le pouvoir  en contrepartie d’une distribution de la rente, mais d’émettre des idées constructives, selon sa propre vision du monde, par un discours de vérité pour faire avancer la société.

« La morale et les principes d’un intellectuel ne doivent en aucune façon devenir une sorte de boîte de vitesses hermétiquement close, conduisant la pensée et l’action dans une seule direction. L’intellectuel doit voir du passage et disposer de l’espace nécessaire pour tenir tête à l’autorité, car l’aveugle servilité à l’égard du pouvoir reste dans notre monde la pire des menaces pour une vie intellectuelle active, et morale », écrit Edward W. Saïd, universitaire américano-palestinien, dans un de ses ouvrages majeurs: « Des intellectuels et du pouvoir » (Editions du Seuil).

C’est « La trahison des Clercs » (Editions Grasset), comme l’écrit à son tour le philosophe et écrivain français, Julien Benda, qui voyait dans les parcours des intellectuels une propension à trahir leurs idéaux pour les positions sociales auprès des princes du moment.

En effet, il est sidérant de constater à quel point les intellectuels congolais manquent à leurs obligations! L’éthique intellectuelle est bafouée, piétinée, plaquée depuis belle lurette. Ils sont impliqués dans des polémiques primitives et des conflits insignifiants, s’abaissant plus bas que des béotiens.

C’est ainsi qu’ils ont mis fin à tout modèle positif pouvant servir d’exemple pour les différentes franges de la société. Ils ont tout détruit et permis aux opportunistes, aux détenteurs de l’argent et du pouvoir d’occuper le terrain.

L’élite (intellectuelle et politique) congolaise, qui ignore – avec délectation – la cause du peuple, a besoin d’un nouveau souffle. Elle doit se remettre en cause. Son niveau est médiocre et ne répond à aucune norme d’excellence.

Robert Kongo, correspondant en France