NORD-KIVU: CONTROVERSE AUTOUR DE L’APPEL À DES JOURNÉES VILLES MORTES

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Depuis quelques jours, une guerre de communication s’observe entre deux structures des jeunes au Nord-Kivu. D’un côté, on a le Parlement des jeunes du Nord-Kivu qui a appelé la jeunesse de cette province à observer, les lundi 2 et mardi 3 décembre, une « journée ville morte, sans circulation des véhicules de la Monusco ». De l’autre, le Conseil provincial de la jeunesse du Nord-Kivu, se dit être la seule « bouche autorisée » pouvant engager les jeunes dans cette province.

Ce dernier rejette l’appel lancé par le Parlement des jeunes du Nord-Kivu et, par conséquent, lui refuse le droit de parler au nom de la jeunesse nord-kivutienne.  

« Il ne devrait pas y avoir débat là-dessus. Parce qu’en se référant à l’arrêté ministériel MJS/CAB/2100/021/99 du 31 décembre 1999, portant création du Conseil national de la jeunesse en RDC, dans des provinces ce sont les Conseils provinciaux de la jeunesse qui ont pour mission de coordonner toutes les activités et tous les mouvements des jeunes pour tel ou tel autre objectif », a argué Kennedy Mbuyi, Conseiller en matière de la jeunesse au ministère provincial de la jeunesse au Nord-Kivu. Avant d’ajouter que, le conseil provincial de la jeunesse est la « seule structure censée représenter les jeunes auprès des tierces ».

Par contre, certains jeunes, membres du Parlement des jeunes, pensent que le Conseil provincial de la jeunesse aurait une connotation proche de la politique et ne devrait pas engager la jeunesse, lorsqu’il s’agit d’une revendication citoyenne pour des intérêts communs. Ils évoquent le dépassement du mandat de l’actuel président du conseil provincial de la jeunesse, ce qui selon eux ne leur permettent pas d’exécuter à ses ordres, le qualifiant d’ « illégitime et d’illégale ».

De son côté, Dady Saleh, acteur politique de Goma et chercheur en stratégie de développement estime que, comme leurs noms indiquent, ces deux structures devraient être complémentaires même si les choses ne semblent pas être bien définies, en rapport avec les tâches que devraient accomplir l’une ou l’autre tendance.

Un désordre généralisé

Pour le Professeur Docteur Alex BAUMA BALINGENE, président de « Barza intercommunautaire », une structure qui coordonne et promeut l’unité et la cohabitation des communautés au Nord-Kivu, les manifestations des jeunes dans la rue peuvent occasionner l’incursion de l’ennemi jusqu’à Goma.

« Les jeunes devraient d’abord observer ce qui se passe et procéder à une analyse objective au lieu de manifester n’importe comment en suivant les hypothèses de la rue. Le problème n’est pas la Monusco, il est ailleurs », selon Alex Bauma. Il note que le bicéphalisme ou de la multiplicité des structures des jeunes est un problème réel auquel les autorités devraient se pencher pour des solutions utiles, dans le but d’éviter du désordre, la division et le communautarisme au sein de la jeunesse du Nord-Kivu.

Ce mardi à Goma, le Gouverneur de province a réuni les jeunes des différentes coordinations estudiantines pour un entretien de sensibilisation face à l’appel aux manifestations contre la Monusco à Goma et à Beni. « Nous avons voulu sensibiliser la crème intellectuelle pour qu’elle relaye le message à d’autres jeunes en leur faisant comprendre que le patriotisme et le nationalisme restent l’arme de défense du pays. La cible n’est pas la Monusco qui du reste, partira tôt ou tard », a dit Carly Nzanzu Kasivita aux jeunes étudiants.

Par ailleurs, Jean-Baptiste Kasekwa, député national élu de Goma considère que le « départ de la Monusco est consommé » et que le focus doit être fait sur l’appui aux Forces armées de la République démocratique du Congo. Ainsi, appelle-t-il le chef de l’État à permuter les unités d’intervention au sein de l’armée, pour éviter toute suspicion sur la complicité de certains officiers militaires dans cette guerre contre les ADF-NALU, dans le territoire de Beni.

Cependant, il sied de noter que l’appel aux journées villes mortes de lundi 2 et mardi 3 décembre, initié par le Parlement des jeunes du Nord-Kivu, a été peu suivi à Goma où l’on a constaté que la majeure partie des habitants de la ville ont vaqué librement à leurs occupations.

Melis BOASI, Correspondant à Goma