Deatra L. Neal : «Les nations occidentales se disputent le contrôle des ressources naturelles de l’Afrique »

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Fondatrice et PDG de FEED Worldwide, Mme. Deatra L. Neal, s’est exprimée sur le plan néocolonial pour le continent africain (RDC). Dans une interview exclusive qu’elle a accordée au Potentiel, elle a interpellé les pays africains sur la nécessité de s’émanciper totalement de l’impérialisme de puissances étrangères. Pour elle, l’aide au développement étranger en faveur des pays africains constitue des moyens subtils de s’assurer la mainmise sur l’Afrique.

Interview

Votre réflexion tourne autour d’un« plan néocolonial sur la RDC ». De quoi s’agit-il au juste ?

Généralement, vous devez savoir que le colonialisme a laissé une empreinte presque irrétractablesur les nations dont il s’empare. Pendant des siècles, l’Afrique a été l’objet d’interventions politiques et économiques étrangères. Et bien que les Occidentaux prennent l’apparence de la réciprocité, ils ont laissé ces nations africaines dans des conflits politiques, religieux et ethniques, et dans le désespoir économique et social. Aujourd’hui, les sentiments de Marcus Garvey résonnent toujours.

Il a estimé que l’Afrique était un lieu méprisé, habité par des sauvages et des cannibales où aucun être humain civilisé, en particulier les Noirs, n’est admis. Cette propagande a été promulguée pour la cause du colonialisme. Après avoir perpétué pendant des décennies ces stéréotypes et ces récits mensongers, nombre de ces mêmes gouvernements se tournent à nouveau fébrilement vers l’Afrique à la recherche d’investissements financiers et d’opportunités.

Face à cette situation, comment alors les pays africains peuvent-ils s’émanciper définitivement de l’impérialisme « exagéré » des puissances étrangères ?

On pourrait direque les nations occidentales se disputent le contrôle des ressources naturelles de l’Afrique. C’est aux citoyens africains de lutter pour leur droit à ce que sera le cadre économique, politique, social et culturel de leurs nations, et de comprendre que l’adoption de la technologie et de la modernité ne signifie pas qu’ils doivent prévoir un avenir dicté une fois de plus par des puissances étrangères. Alors que la République démocratique du Congo forme son partenariat d’Exposition économique avec les États-Unis, je ne peux m’empêcher de me rappeler que l’Afrique a toujours un problème de néocolonialisme.

Vous le savez, la plupart des nations post colonisées dans le monde, comme de nombreux pays d’Afrique, continuent d’opérer dans la continuité du colonialisme.

Donc, des aides financières sont des stratégies arrêtées par les Occidentaux en vue d’assujettir la RDC… 

Souvent, l’aide au développement, les politiques commerciales et les partenariats commerciaux sont des moyens subtils de s’assurer la mainmise sur ce pays en maintenant les cycles d’oppression en place et en consolidant la mentalité systémique de victime. Donc, les projets de développement sont des moyens d’infiltrer les sociétés afin d’imposer le contrôle sur la façon dont cette civilisation devrait fonctionner.

Vous évoquez l’idée du capitalisme.  Qu’en est-il alors du partenariat économique entre les États-Unis et la République démocratique du Congo ?

Les fondements du capitalisme dans le monde entier ont toujours eu des conséquences sociales et économiques pour les pauvres et les marginalisés. Ainsi, en RDC, j’espère que cette « Exposition économique » avec les États-Unis ne sera pas un autre exercice d’influence étrangère dictant les politiques sociales, politiques et économiques de la RDC, mais qu’elle offrira la réciprocité et soutiendra les efforts du peuple congolais pour se gouverner.

L’Est de la RDC est en proie à l’insécurité grandissante. Ne voyez vous pas que cela peut faire capoter le partenariat scellé par le gouvernement congolais avec de grandes puissances ? 

Bien qu’il y ait des guerres néfastes, des pratiques politiques et commerciales qui affligent le pays, cette Exposition économique peut être utilisée pour s’assurer que le peuple congolais est dans une position tenable pour bénéficier de ce partenariat et d’autres opportunités qui pourraient se présenter.

Les principaux partenaires commerciaux de la RDC, la Chine, l’Inde, les États-Unis et maintenant la Russie, se disputent les plus hautes positions commerciales avec la RDC, tandis que les cadres supérieurs américains réfléchissent sur la manière dont ils peuvent aussi aider (extraire) des pays africains.

La RDC offre beaucoup de valeur avec plus de 200 millions d’acres de terres agricoles, plus de 80 millions d’habitants et un immense capital naturel, et elle devrait négocier dans cette position. Contrairement aux stéréotypes historiques perpétués du continent, les citoyens congolais ont un potentiel qu’ils peuvent utiliser pour bâtir sur leur propre modèle autochtone pour leur pays.

Propos recueillis par Hervé Ntumba