Réussir le programme test avec le FMI : une urgence nationale

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Après sept ans d’hibernation, la RDC a enfin renoué formellement avec le FMI. Hanté par les deux expériences malheureuses du PEG I (2002 – 2005) et PEG II (2009-2012), le FMI a pris toutes les précautions utiles, en soumettant la RDC à un programme test jusqu’au mois de mai 2020, avant d’envisager la conclusion d’un programme triennal (2020-2022). Pour le gouvernement, la réussite de ce programme de référence est une urgence nationale. Sinon, il faut mettre définitivement une croix sur les appuis budgétaires.

Le Potentiel

Tous les membres du gouvernement ont été conviés, les 27 et 28 décembre 2019, à la demande du chef de l’État Félix Tshisekedi, à un séminaire d’immersion dans la cité touristique de Zongo, dans le Kongo central. Dès janvier 2020, le chef de l’État espère commencer l’année avec un nouvel état d’esprit.

Devant les deux chambres du Parlement réunies en Congrès, le président de la République avait promis de faire de 2020 une « année de l’action » pour donner enfin un contenu à son mandat. Pour y arriver, Félix Tshisekedi voudrait amener tous les membres du gouvernement à intérioriser sa philosophie de gouvernance. C’est le sens de la retraite de Zongo.

En réalité, dès janvier 2020, le gouvernement devra relever de nombreux défis. Pour réussir son mandat, le chef de l’État aura besoin d’importantes ressources financières. Ce qui fait cruellement défaut pour le moment. Les multiples apports des partenaires extérieurs aussi bien en termes des dons projets ou des appuis budgétaires seront indispensables pour couvrir le gap. À ce jour, tous les partenaires au développement, principalement la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, ont promis de lui apporter leur concours. Mais, il faut au préalable harmoniser avec le Fonds monétaire international.

La main tendue du FMI

Entre la RDC et le FMI, il y a déjà une lueur d’espoir. Pour preuve, le 16 décembre 2019, le Conseil d’administration a approuvé à une très large majorité le programme de référence convenu avec le gouvernement congolais. C’est un programme test qui s’étale jusqu’au mois de mai 2020. Pour démontrer sa bonne foi, le FMI a, dès l’approbation de ce programme, débloqué 368,4 millions Usd en faveur de la RDCV pour soutenir sa balance des paiements. Fait rarissime dans l’histoire récente du FMI.

Nombre d’observateur pensent que la RDC a intérêt à capitaliser cette main largement tendue du FMI. Ceci équivaut notamment à respecter scrupuleusement tous les engagements convenus dans ce programme de référence. En effet, mai 2020 n’est plus loin. C’est dès le mois de janvier prochain que le gouvernement va aborder la phase délicate dans la mise en œuvre de ce programme.

Au bout du parcours, la RDC pourrait en tirer d’importants dividendes. C’est notamment la conclusion d’un programme triennal, que l’on pourrait qualifier de PEG III, et ce, après la fin tragique du PEG II en novembre 2012.

Dans la cité de Zongo, la mise en œuvre du programme tests convenu avec le FMI devait certainement être abordée. De sa réussite dépendra l’effectivité de tous les appuis budgétaires promis jusqu’alors à la RDC, soit un (1) milliard Usd de la Banque mondiale et 500 millions Usd. Sans compter d’autres partenaires extérieurs qui sont prêts à accompagner la RDC dans son effort de développement.

Le challenge n’est pas aussi relevé. Tout dépend de l’attitude qu’adoptera le gouvernement. Si le gouvernement, notamment le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba, se retrouve au cœur des opérations, l’implication du chef de l’Etat sera indispensable pour amener toutes les institutions du pays, à différents échelons, à comprendre non seulement le bien-fondé de ce programme de référence mais surtout à aider le gouvernement à satisfaire à toutes les exigences posées par le FMI.

Au niveau du gouvernement, tous les regards seront en toute logique braqués sur le ministre des Finances. Curieusement, depuis un temps, l’argentier national, Sele Yalaghuli, fait l’objet de vives critiques. Tous l’accusent de geler le paiement de certaines dépenses publiques. Est-ce réellement la preuve d’une mauvaise foi ? Pas du tout, clament tous ceux qui sont au parfum des engagements contenus dans le programme de référence.

Le ministre des Finances le sait. Pas forcément d’autres corps de la société qui le harcèlent, l’obligeant à répondre sans broncher à leurs sollicitations financières. Faut-il dès lors le vouer aux gémonies ? Ce n’est pas évident.

Ayant participé à toutes les phases de discussions, le ministre des Finances est parfaitement au courant de tout ce qui se passe autour de ce programme de référence. Il sait en même temps tous les avantages que la RDC en tirerait si le pays passe avec succès la grande évaluation de mai 2020.

À côté du ministre des Finances, le vice-Premier ministre en charge du Budget devra aussi jouer parfaitement sa partition, en veillant notamment à la qualité des dépenses.

Parmi les hommes clés dans la phase d’exécution de ce programme, il fait compter également le gouverneur de la Banque centrale du Congo. Dans le passé, la Banque centrale a souvent brillé par un relâchement chaque que le gouvernement lui imposait un style de vie correspondant aux engagements convenus avec le FMI. Dans le nouveau dispositif qui se met en place, la Banque centrale devra jouer franc jeu pour ne pas créer des déséquilibres qui pourraient bien fragiliser ce programme.

Au-delà du gouvernement, toutes les institutions politiques devront être mises à profit. Tout le monde a à gagner de la réussite du programme de référence conclu avec le FMI. C’est dire que toutes les institutions devront mettre la main dans la pâte pour que la machine fonctionne correctement.

Les prochaines échéances

À la mi-janvier, les équipes du FMI seront déjà dépêchés à Kinshasa pour la première évaluation duprogramme de référence entre fin Octobre et fin décembre, avant la prochaine évaluation début avril 2020 pour la période de fin décembre 2019 à fin mars. Début mai 2020, le FMI va s’attarder sur l’évaluation de la mise en œuvre du programme de référence pour la période de fin mars à fin mai. Ça sera aussi l’occasion d’évaluer la mise en œuvre globale de fin octobre 2019 à fin mai 2020.

L’heure de vérité est prévue en juillet 2020, avec la tenue à Washington de la réunion du Conseil d’Administration de FMI pour  entre autres statuer « sur la mise en œuvre globale du Programme de référence ; sur la conclusion du programme formel triennal appuyé par la Facilité Élargie de crédit ». 

Autant dire que la mise en œuvre stricte du programme de référence conditionne la conclusion du programme formel triennal. Cette dernière conditionne l’accès aux appuis budgétaires, pour lesquels le chef de l’Etat a multiplié des voyages à l’étranger depuis son accession. C’est le moment d’en tirer les dividendes. Mais, le passage obligé s’appelle le FMI.

Les retombées attendues du Programme formel triennal sont inestimables. Il s’agit notamment des appuis budgétaires de la Banque mondiale pour un minimum d’un (1) milliard Usd, respectivement 500 millions Usd en 2020 et 500 millions Usd en 2021. Sans compter les soutiens budgétaires de la Banque africaine de développement, de l’Union européenne ainsi que d’autres partenaires au développement.

La RDC n’a pas intérêt à hypothéquer ses chances de mobiliser des milliards de dollars américains pour le financement de son Plan national stratégique de développement.

La bonne exécution du programme de référence que le gouvernement met en œuvre jusqu’en mai 2020, sous la supervision du FMI, est la clé pour ouvrir le pays à la grande finance internationale. Sa réussite doit être une affaire nationale, qui dépasse le seul cadre du gouvernement. Toutes les institutions devraient se mobiliser pour un fin heureuse de ce programme. Bien plus, c’est le passage obligé pour bénéficier de l’appui budgétaire tant de la Banque mondiale, de la BAD que d’autres partenaires au développement.  Dans le cas contraire, ce sera  l’inanition de la nation qui sera au rendez-vous, faute de moyens pour soutenir l’ambition programme du chef de l’Etat.

Au terme de la retraite de Zongo, on attend que le gouvernement adopte une attitude de gagnant autour de principaux artisans de ce programme, à savoir le Premier ministre, le vice-Premier ministre en charge du Budget, le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque centrale du Congo ainsi que d’autres acteurs tapis dans l’ombre.

Pour plus de détails, lire en page 3, l’état des lieux de ce programme à fin novembre 2019 et les attentes du FMI jusqu’à fin mai 2020.