RDC: « Les politiques et les religieux veulent maintenir leur monopole sur l’état d’esprit des masses, sans s’attaquer au marasme socioéconomique », selon Jo M. Sekimonyo

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Le professeur Jo M. Sekimonyo, un congolais résidant aux États-Unis, désapprouve les déclarations de certains opposants et du cardinal Ambongo face à l’instabilité dans l’Est du pays. Dans un entretien avec le journal Le Potentiel, il accuse ce dernier d’affermir la vigueur du poison politique qui pollue la clairvoyance et les aspirations de l’écosystème culturel et économique.

Interview

Comment réagissez-vous à la déclaration du cardinal Fridolin Ambongo évoquant un plan de la balkanisation contre la RDC ?

Il s’agit de l’échographie des racines du chaos à l’Est par le cardinal Fridolin Ambongo Besungu tout comme le remède prescrit par l’ancien Premier ministre Adolphe Muzito affermissant la vigueur du poison politique qui pollue la clairvoyance et les aspirations de l’écosystème culturel et économique congolais. Au moment où les Congolais s’attendaient au raffermissement du dialogue national, l’élite politique et religieuse larguent un autre épisode obscur qui va encore une fois hypothéquer la chance de la nation de se guérir du marasme socioéconomique. Donc, l’élite politique et religieuse profite de l’instabilité de l’Est pour maintenir leur monopole sur l’état d’esprit des masses sans s’attaquer au marasme socio-économique. 

En RDC, la balkanisation décriée est un fait culturel et politique. La protection de l’homogénéité ethnique a toujours été bêtement considérée comme nécessaire pour que les individus vivent dans la dignité. Les gens sont rassurés dans l’hypothèse hasardeuse que l’application sélective des droits est possible ; les droits d’autrui peuvent être compromis tant que l’homogénéité ethnique dans une région reste assurée.

En fait, le récent découpage des provinces en provincettes sans que personne n’élève son doigt contre n’apporte en preuve l’état d’esprit national sur la balkanisation culturel et politique. Il y a bien longtemps que tout le monde y a pris gout. La balkanisation socioéconomique de la RDC fait défaut ne l’ayant pas hérité de la colonisation, on n’a jamais su comment le déployer. 

La guerre dans l’Est ne s’arrête pas !  Certains opposants évoquent l’idée du dialogue afin de désamorcer la crise dans cette partie du pays. Votre opinion?

Franchement ! J’avais applaudi le message du pape François qui avait souligné l’importance d’une approche économique pour résoudre le problème dans l’Est comme je le crie tout haut et fort depuis longtemps. Cependant depuis la semaine passée, je suis plus que déçu du message du cardinal.

En insinuant une menace à l’homogénéité ethnique dans un lieu, qualifiant un afflux de non indigènes dans un endroit dangereux, le cardinal a mis la vie de gens comme moi, un Hutu qui comprend la responsabilité d’être congolais ayant des moyens et privilèges plus que la moyenne, qui passent leur temps à croiser l’intérieur de la RDC pour organiser des conférences afin de sensibiliser les jeunes esprits aux défis sociaux et économiques mondiaux, sans égard à leurs tribus, sexes ou classe sociale.

La population de l’Est est toujours victime des massacres. Qu’est-ce que se passe réellement dans cette partie, notamment à Beni ?

Il faut le dire tout haut et clairement, Beni n’appartient pas aux Nandes. Comme toute partie de la RDC, c’est le patrimoine de tous les Congolais et tout être humain de cette planète a le droit de s’y déplacer et d’y vivre. En outre, si le cardinal, quelle qu’en soit la raison, se sentait obligé de regrouper les tribus congolaises sous des bannières de pays étrangers, il devrait savoir que ni les Rwandophones ni les Ougandaphones n’existent nulle part au monde.

En ce qui concerne la « Rwandophonie », vous devez savoir que c’est une désignation débauchée que certains dirigeants de l’Est avaient choisie pour séduire ou pour éviter les conséquences de la furie de leurs maîtres rwandais pendant la période tragique du RCD / Goma. Une telle terminologie n’a pas de place ni d’utilité en RDC aujourd’hui, si ce n’est pas pour ternir le sens du patriotisme d’une tribu ou pour éloigner un groupe des aspirations nationales.

Face à la situation actuelle, que doit être le vrai rôle des églises ?   

Le rôle des religions institutionnalisées est d’apaiser les personnes qui craignent la mort et de fournir une excuse à la compassion pour les autres. Personnellement, je n’en ai pas besoin non plus. Mais, le plus souvent dans l’histoire humaine, les religions institutionnelles sont utilisées comme un outil pour désorienter une société en renforçant les préjugés et la xénophobie ethnique. Cela ne devrait pas être le cas au 21e siècle, comme c’était les siècles précédents utilisés comme étant une justification de l’esclavage puis la colonisation, une raison de brûler les gens sur une croix, une cause des guerres et pour faire briller le pire de l’humanité.

L’ex-Premier ministre Adolphe Muzitu estime que pour pacifier l’Est de la RDC, il faut impérativement attaquer militairement le Rwanda.  Partagez-vous son avis ?  

En ce qui concerne la guerre contre le Rwanda, la RDC a tout à perdre et le Rwanda tout à gagner. Cela ne signifie pas que la RDC perdrait dans une confrontation militaire ; il gaspillera plutôt des ressources précieuses et teintera l’image nationale sur la scène mondiale en s’attaquant à une très petite nation qui est socialement, politiquement et surtout économiquement fragile. Concernant le Rwanda, la nation est entrain de chercher une excuse pour ses fissures sociales, politiques et économiques qui apparaissent chaque jour dans le monde. Déjà l’Ouganda, le Burundi et la Tanzanie n’ont pas pris l’appât, jusque-là. Nous n’avons pas besoin d’une distraction aussi coûteuse.

Le parti présidentiel « l’UDPS » accuse certains opposants d’avoir un agenda caché. Quelle lecture faites-vous sur cette inculpation ?

Nous savons que la pauvreté engendre le désespoir et conduit des personnes désespérées à des vies ruinées et même à la criminalité dans des cas extrêmes. C’est triste de constater qu’en RDC, la prétendue opposition politique tout comme l’alliance au pouvoir serait entrain de miser sur le populisme pour gagner ou conserver l’accès aux coffres publics. Quant aux chefs des institutions religieuses, ils semblent jumeler dans leurs sermons des avis dégoutants pour maintenir leur monopole sur l’état d’esprit des masses. Ces affiliations paraissent complètement méconnaitre les vraies et claires causes de la situation dans l’Est de la RDC, la pauvreté de chaires qui aggrave la pauvreté d’esprit, pour laquelle des remèdes économiques proposés devraient être soutenus.

Que doivent faire l’élite congolaise et le politicien face à l’instabilité dans la province du Nord-Kivu ?

L’appel des populistes s’est accru avec le mécontentement grandissant du public à l’égard du statu quo. En RDC, même si les gens ne savent pas mesurer combien la nation est ridiculement en retard par les changements technologiques, l’économie mondiale et les inégalités croissantes, il y a un sentiment croissant que les gouvernements et l’élite ignorent les préoccupations du Congolais ordinaire.

Dans ce chaudron de mécontentement, certains politiciens fleurissent et gagnent même la conscience nationale en exténuant de vielles fables. Qu’es ce qu’on pourrait déduire du populisme et pitreries adoptées par la prétendue opposition ainsi que la longue pondération sur tout le plan du Front commun pour le Congo (FCC) qui contrôlent le congrès et toutes les provinces et les trébuchements des institutions religieuses ? Es ce des tentatives de dissimuler leurs inaptitudes à fournir des solutions bien pensées à l’humiliation quotidienne sociale, politique et surtout économique quotidienne des Congolais ?Aucun émoi ni âme est soigneusement investie dans des débats centrés autour du salaire minimum, du taux écœurant de chômage surtout pour les jeunes ou de la retraite.

Propos recueillis par Hervé Ntumba

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