Pénurie en nourriture et médicaments dans les prisons : Tirs croisés entre la Justice et les Finances

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Depuis plus d’une semaine, des prisons de la RDC sont devenues des mouroirs. Le ministère de la Justice, qui en a la tutelle, accuse celui des Finances de bloquer des fonds nécessaires pour approvisionner les prisons en nourriture et médicaments. Entre le Garde des sceaux Tunda Ya Kasende et l’argentier national Sele Yalaghuli, la brouille s’installe. Réfutant toutes les accusations mises à sa charge, le ministère des Finances dit avoir libéré tous les fonds destinés aux prisons, soit 2.052.249.500 FC. Si blocage il y a, rassure-t-il, c’est à voir au niveau de la Banque centrale du Congo, le caissier de l’État congolais.

Le Potentiel

Dans le gouvernement Ilunga Ilunkamba, la dernière retraite de Zongo, dans le Kongo Central, n’a pas changé grand-chose. Les fissures au sein de l’Exécutif central n’ont pas été altérées par les résolutions de Zongo. Entre le Garde des sceaux, Tunda Ya Kasende, et l’argentier national, Sele Yalaghuli, le courant ne passe pas. Et pour cause : le vice-Premier ministre en charge de la Justice accuse son collègue des Finances d’affamer volontairement les prisons de la RDC. 

À la prison de Makala, dans la ville de Kinshasa, on a déjà enregistré des morts en ce début de l’année. En provinces, c’est la catastrophe. Au ministère des Finances, on se défend d’avoir déjà libéré les fonds nécessaires. S’il y a blocage, dit-on, c’est au niveau de la Banque centrale, caissier de l’État congolais.

Qui dit mieux ?

Le ministère de la Justice qui a, dans ses attributions, la gestion des prisons congolaises, a donné l’alerte. Sans succès. Le gouvernement tarderait à réagir, plongeant ainsi les centres pénitenciers congolais dans le désarroi.

C’est sans doute ce qui a poussé le ministère de la Justice à rompre le silence.

Sous le titre « Le ministre des Finances José Sele Yalaghuli de nouveau sur le gril », Jeune Afrique rapporte que, dans un courrier confidentiel adressé à Félix Tshisekedi, le ministre de la Justice, Célestin Tunda Ya Kasende, « accuse le ministre des Finances, José Sele Yalaghuli, de bloquer les fonds nécessaires pour enrayer la pénurie de nourriture et de médicaments dans les prisons », principalement à la prison centrale de Makala, dans la ville de Kinshasa.

Le magazine panafricain poursuit, en faisant observer que « le président s’est lui-même plaint du retard dans certains dossiers, comme le Programme d’urgence des 100 jours et les primes de l’équipe de basket. Le 29 novembre, en Conseil des ministres, il avait recadré Sele Yalaghuli ».

Le mal aimé

Il n’est pas bon d’être dans la peau du ministre des Finances.Fin novembre 2019, le ministre des Finances, Sele Yalaghuli, s’était fait sermonner, selon les mêmes confidences de Jeune Afrique, en plein Conseil des ministres par le chef de l’État, Félix Tshisekedi, qui l’accusait debloquer les autorisations de paiement nécessaires au bouclage du « programme d’urgence des cent jours ». Des attaques rejetées par le cabinet du ministre, qui s’explique.

Un mois après, c’est encore Jeune Afrique qui récidive, en faisant part d’une brouille entre le Garde des sceaux, Tunda ya Kasende et l’argentier national, Sele Yalaghuli. C’en est trop pour un seul homme.

Tout est parti, dit-on, de la mort il y a une semaine à la prison centrale de Makala detrois prisonniers, pour pénurie en nourriture et médicaments. Le ministère de la Justice est directement sorti de ses gonds, rejetant la responsabilité au ministre des Finances qu’il accuse d’avoir refusé de débloquer les fonds pour le ravitaillement des prisons en médicaments, en dépit des plusieurs démarches effectuées auprès de lui.

« Nous avons toujours cherché à approvisionner les prisons après trois mois. Nous avions fait pression au Premier ministre et au ministre des Finances, mais rien n’est encore fait », s’est plaint le vice-ministre de la Justice, Bernard Takayite dans une interview accordée, le lundi 6 janvier à Radio Okapi.

Bernard Takayite a dit ne pas comprendre pourquoi le ministère des Finances ne débloque pas le fonds sollicité. « Ça fait trois mois que nous sommes derrière ce dossier, et nous ne comprenons pas. C’est dans toutes les prisons qu’on nous appelle. Nous disons que nous nous battons pour que cet argent soit libéré », s’est-il désolé.

Il a indiqué, par la suite, avoir appris aux dernières nouvelles que le ministère des Finances aurait débloqué 40% du fonds demandé. « Mais ce fonds n’est toujours pas arrivé dans les comptes des banques commerciales qui doivent le décaisser », a précisé Bernard Takayite.

Blocage à la Banque centrale

Les dernières confidences de Jeune Afrique n’ont pas laissé indifférent le cabinet du ministre des Finances. En attendant une déclaration officielle pour recadrer Jeune Afrique, le cabinet du ministre des Finances reconnait la gravité des faits et dit avoir agi promptement pour venir au secours de principaux centres pénitenciers de la RDC.

« Il faut reconnaitre que plusieurs dossiers liés spécifiquement à la situation des prisons de la RDC ont été déjà libérés au niveau du ministère des Finances. S’il y a blocage à ce jour, c’est au niveau de la Banque centrale du Congo », a confié à notre rédaction un haut placé dans le cabinet du ministre des Finances.

Si c’est vrai que tous les OPI (Ordres de paiement informatisés) – huit au total signés entre octobre et décembre 2019 d’une valeur de 2.052.249.500 FC – ont déjà passé l’étape du ministère des Finances, il n’y a donc aucune raison pour que la Banque centrale retarde encore cette opération.

Il y a urgence ! Car, pendant ce temps, dans les prisons de la RDC, les morts se comptent déjà en série.

À tout prendre, la brouille qui existerait entre la Justice et les Finances n’est qu’apparente. Il n’y a pas non plus dysfonctionnement au sein du gouvernement. Au ministère des Finances, la machine est en mouvement semaine pour décanter cette situation. La lettre de rappel du ministre des Finances au gouverneur de la Banque centrale du Congo datant du 8 janvier 2020 pour libérer des fonds en faveur des prisons en fait foi, confie-t-on au cabinet du ministre des Finances.

« Les fonds ont été disponibilisés. Si ça semble trainer, comme c’est encore le cas, c’est plus une question de procédure et non une preuve de mauvaise foi de la part du ministre des Finances », a renchéri notre interlocuteur.

Voilà ce qui devrait rassurer les uns et les autres, tout en ramenant le calme dans les prisons de la RDC.

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