Nord-Kivu : Prisca Luanda encourage les femmes à s’intéresser à la politique

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Dans une interview exclusive, accordée à Lepotentielonline.net, ce vendredi 31 janvier 2020, Prisca Luanda Kamala, ministre provinciale en charge de l’Éducation, Postes et Télécommunications, Initiation aux Nouvelles technologies de l’information, Sports et Loisirs au Nord-Kivu, appelle les femmes de sa province à faire de la politique active pour participer à la gestion de la chose publique, tout en mettant en avant les valeurs féminines. Femme politique, Prisca Luanda Kamala s’est engagée dans la promotion de l’égalité des chances entre les Hommes et les Femmes, pour l’émergence de la province du Nord-Kivu et de la République démocratique du Congo.

Ci-après, l’intégralité de l’interview

Qui est Prisca Luanda et faites-nous un bref historique de votre parcours ?

Je suis originaire de la province du Nord-Kivu, territoire de Masisi. Je suis née à Bukavu (Sud-Kivu) où j’ai fait mes études primaires. J’ai terminé à l’école secondaire à Goma au collège Mwanga en littéraire puis je m’étais inscrite à l’Université Libre des Pays des Grands Lacs (ULPGL) toujours ici à Goma en droit privé et judiciaire. Je me suis convertie en droit des affaires pour faire ma spécialisation dans le droit des Assurances. J’ai un master en droit des Assurances. Depuis 2010, j’ai embrassé la carrière d’avocature et en 2012, je travaille comme Assistante à l’ULPGL dans la faculté de droit.

Comment êtes-vous arrivée dans le monde politique?

Pour moi, c’est héréditaire, puisque je suis née d’une famille des politiques et mon père fût politicien. Je suis entré dans la politique active en 2010, en adhérant à l’Union pour la Nation congolaise (UNC), parti de Vital Kamerhe où je suis membre jusqu’aujourd’hui. Il faut noter que j’ai travaillé aussi dans des Associations au sein de la société civile. Mais, la politique était peut-être ma destinée. C’est comme ça que j’ai évolué jusqu’à être nommée en 2019, Ministre provinciale de l’Éducation, dans ce premier Gouvernement de Carly Nzanzu Kasivita.

En tant que femme, quelles sont les difficultés rencontrées sur votre parcours ?

Je ne pense pas qu’il y a un blocage réel pour les Femmes. Dans ce monde, les problèmes ne manquent jamais et des difficultés aussi dans tout domaine. Que l’on soit homme ou femme, on rencontre souvent des obstacles lorsqu’on s’engage à quelque chose et même dans le monde politique. Il faut juste être ambitieux et vendre ses valeurs dans la vie pour surmonter des obstacles. Le problème est que, la plupart des femmes en RDC embrassent la vie politique sans conviction. Et il est aussi déplorable de voir certains hommes qui pensent jusqu’aujourd’hui que, la place de la femme reste à la cuisine. C’est quelque chose à bannir dans notre société. Car, les femmes congolaises et spécifiquement celles du Nord-Kivu, sont capables de gérer la chose publique.

Vous êtes trois femmes dans le Gouvernement provincial du Nord-Kivu, est-ce une avancée significative dans la représentativité de la femme dans les institutions de la province ?

C’est quelque chose à féliciter et à encourager, le fait que le Gouverneur ait donné l’égalité de chance à nous femmes ministres dans son gouvernement pour gérer comme des hommes. C’est un signal fort dans la promotion de la femme Nord-Kivutienne. Ça donne la chance aux femmes de démontrer leurs compétences au bénéfice de la Nation. Je salue cet acte du Gouverneur du Nord-Kivu.

En tant que ministre de l’Éducation, quelle lecture faites-vous du niveau de la femme au Nord-Kivu aujourd’hui ?

Il y a évolution. Aujourd’hui comme dans le passé récent, la plupart d’élèves à l’école primaire et secondaire en province, sont femmes. Même quand je suis dans l’auditoire avec les étudiants, je constate qu’il y a beaucoup d’étudiantes et c’est vraiment bien. Car, cela fait à ce que la femme puisse avoir sa place dans la société. La femme du Nord-Kivu est appelée à apporter aussi sa contribution pour le développement de sa société et ça passe essentiellement par l’éducation.

Quel conseil donnez-vous aux femmes qui veulent embrasser la carrière politique ?

Elles doivent avoir juste une vision, des modèles en politique et aussi avoir une référence et un rêve. Elles doivent en outre, être animées de la volonté et aussi se battre pour l’équité à côté des hommes et d’autres femmes. Dans le travail, il n’y a pas distinction de sexe. Il faut juste mettre en exergue le travail, la compétence et les valeurs.

Quel est votre plus grand rêve?

Mon rêve c’est de voir un jour une femme occupée le poste de commandement de ce pays. Je souhaite que les femmes excellent, qu’elles avancent petit à petit jusqu’à arriver au sommet dans la gestion de la chose publique.

Le débat autour du tribalisme refait surface au Nord-Kivu, votre commentaire ?

Nous devons dépasser tout ce qui nous bloque car, nous sommes tous humains. Nous avons un seul pays qui est la République démocratique du Congo et nous sommes nés dans ce pays dont nous sommes originaires. Nous devons donc travailler tous pour l’intérêt général de ce pays. Si nous mettons en avant le tribalisme, ça ne nous fera pas avancer. Moi, bien qu’étant Hunde du territoire de Masisi, je suis appelé à travailler pour le bien de tous les six territoires de la province, puisque je suis Ministre provinciale de l’Éducation, postes et télécommunications, initiation aux nouvelles technologies de l’information, sports et loisirs du Nord-Kivu, c’est un exemple fort que je ne suis pas ministre de Masisi. Le tribalisme n’a pas sa place au Nord-Kivu. Ce sont des idées des siècles passés, ça ne fera pas avancer.

Quelle évaluation mi-parcours faites-vous de la gratuité à l’école primaire ?

Nous avons salué cette gratuité décrétée par le chef de l’État depuis le début de cette année scolaire. C’est une avancée significative, même si nous sommes confrontés à certaines difficultés. Au début, les enseignants ont grevé pour les cas des Non payés (NP) et Nouvelles Unités (NU). Mais aujourd’hui, les NP touchent déjà leurs salaires et les NU sont recensés. Il y a une volonté manifeste de l’État qui veut à ce que la gratuité puisse réussir sur toute l’étendue du pays à l’école primaire  conformément à l’article 43 de la constitution. Il y a aussi un problème lié aux effets induits de la gratuité qui sont les classes surpeuplées, le dédoublement des classes, le manque des latrines…

Le nombre d’élèves a presque doublé dans les salles de classe, comparativement aux années antérieures. Il faudrait juste qu’on multiplie des salles de classe pour éviter ce surpeuplement des élèves. Sinon, la chance est donnée à tous les enfants d’aller à l’école et aux parents d’oublier la charge liée aux frais scolaires à l’école primaire.

Un dernier mot

Je profite de cette interview avec Lepotentielonline.net, pour souhaiter mes vœux les meilleurs à tout le monde et particulièrement à tous les Nord-Kivutiens. Je reste ouverte et disponible à servir la population Nord-Kivutienne dans le cadre de mon Portefeuille et, cela demande le concours de tous.

Propos recueillis par Melis Boasi, Correspondant à Goma