Assurer la grandeur de notre Congo: Un souci permanent

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Plusieurs facteurs favorisent le sentiment d’appartenance à une nation et la fierté qui en découle. Nous nous sommes sentis ragaillardis par la victoire de notre compatriote boxeur Ilunga Makabu à l’échiquier mondial. Notre pays a besoin de performer continuellement sur d’autres plans aussi pour nous amener à nous sentir fils et filles de ce pays à part entière, en contribuant et en ayant droit au patrimoine collectif sans exception.

Notre devoir envers la Nation

Il y a trente-neuf ans, un certain 31 janvier, je foulais le sol belge pour la première fois, en transit pour le Canada. Nous avions voyagé à bord d’un DC 10 d’Air Zaïre dont l’équipage était entièrement zaïrois. Nous étions fiers de notre pays. Le grand boxeur Muhammad Ali avait ressenti également une telle fierté en quittant l’Europe pour Kinshasa avec notre compagnie aérienne nationale pour le combat du siècle de 1974. Cette dernière bénéficia de la volonté politique de Mobutu de la doter des avions Boeing et DC-8 et DC-10 pilotés par des nationaux. Notre pays compte aujourd’hui quelques pilotes au féminin dans ce monde traditionnellement masculin.

Bénéficiaire d’une bourse d’études du gouvernement zaïrois, j’étais fier d’éclairer la lanterne de mes collègues étudiants en leur apprenant que c’était mon pays qui couvrait tous les coûts relatifs au séjour et aux études au Canada. C’était évidemment sans compter sur les mauvaises habitudes de gestion et d’égoïsme qui nous laissaient, diplomates et étudiants, impayés durant des mois, déjà à l’ère mobutiste. La fierté nationale et le souci des concitoyens n’étant pas un point fort de nos dirigeants, cette inconscience court toujours à travers tout le pays aujourd’hui. Les travailleurs sont exploités de manière honteuse, demeurant sans salaires durant plusieurs mois. Cette expérience outre-mer a été possible grâce au travail et à la sueur des contribuables congolais, ces pères et mères de famille qui font tourner notre économie et qui, ainsi, apportent une pierre de plus à l’édification de notre nation. À cette université canadienne, mon directeur de thèse était un compatriote, ancien professeur de sciences économiques à l’Université Lovanium, Unikin aujourd’hui.

Plus tard, toujours au Canada, j’ai rencontré un ancien professeur de biologie au Collège Saint-Joseph (Elikya), à l’époque où le président Mobutu avait mis fin brusquement à l’assistance technique belge et avait fait appel aux étudiants des universités congolaises pour remplacer les enseignants belges.

Enseignant donc dans ce contexte, cet ancien professeur est aujourd’hui pharmacien-généticien, professeur d’université et membre de l’équipe canadienne de chercheurs qui ont élaboré le vaccin contre la maladie à virus Ebola. Pour fermer ce volet canadien, le pédiatre de mes enfants m’a confié un jour qu’il avait débuté ses études de médecine à l’Université Lovanium à Kinshasa et qu’il avait mis fin à son séjour académique quand Mobutu avait enrôlé tous les étudiants congolais de cette institution dans l’armée nationale congolaise, en juin 1971. Bref, notre pays avait un système d’éducation solide qui fournissait les compétences nécessaires au développement socio-économique.

En vacances au pays, j’ai pu admirer le robot roulage conçu par notre compatriote Thérèse Izay Kirongozi, robot alimenté par un panneau solaire, régulant la circulation routière. Il n’y a pas longtemps, un enfant du pays vient de mettre au point la tablette pédagogique « Motema » qui met en valeur nos quatre langues nationales. Dans le domaine des sports, nous nous sommes sentis solidaires de la victoire récente de Ilunga Makabu au championnat mondial de boxe WBC, en remportant la ceinture des lourds-légers, ce qui rappelle les périodes de liesse populaire quand nos Léopards ramenaient la coupe d’Afrique des nations au pays.

Notre pays compte des ressources humaines qualifiées aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Comme partout ailleurs, les aventuriers se fraient aussi leur chemin dans les dédales de la société. Le plus important pour nos leaders est de pouvoir mettre les personnes compétentes au service de la nation à bon escient. La perspicacité de nos dirigeants devrait les aider à ne pas s’entourer de la clientèle jouisseuse de politiciens, cette classe qui monopolise la création et la répartition de la richesse nationale dans l’illégalité et le non-respect des citoyens et de leurs biens.

Nous ne pouvons ignorer le travail des filles et fils de ce pays qui apportent le pain quotidien durement gagné à la sueur de leur front pour nourrir la génération de bâtisseurs de demain. Les médias, ce quatrième pouvoir, voguent des fois à contre-courant des tendances politiques pour informer objectivement les populations, ce qui paraît risqué dans un environnement où le respect des droits et de la vie d’autrui a peu d’importance.

Notre histoire

La fierté nationale passe par la valorisation de ce que nous sommes d’abord et par l’environnement de vie que nous façonnons pour perpétuer notre génie créateur. L’excellence sur les bancs de l’école et dans la vie professionnelle et la probité représentent est un atout essentiel pour améliorer notre niveau de vie. Nous avons l’obligation d’insuffler un regain de vie à l’estime de notre nation par exemple en respectant les normes de travail et les clauses de contrat en matière de travail et de salaire. L’histoire d’un pays se bâtit à travers les événements qui tapissent son évolution et ce serait suicidaire que de vouloir faire un lavage de cerveau à ce sujet. Aux États-Unis d’Amérique, le slogan de campagne «Make America Great Again» utilisé par les anciens présidents Ronald Reagan en 1980, Bill Clinton par la suite et popularisé par le président Trump signifie qu’il est nécessaire de nous réveiller et de rendre à nouveau à notre pays sa grandeur, sa force, sa prospérité et sa sécurité. Il est plus que temps pour tous les Congolais et Congolaises d’arrêter de se contenter de cet état de décrépitude sociale, morale et matérielle dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui, de secouer la poussière de nos vestes salies par l’inconscience de la classe politique et de nous mettre au travail en balayant ces dirigeants inaptes à gouverner.

Les entreprises publiques constituent le portefeuille de l’État. Leur gestion orthodoxe permet à celui-ci d’acquérir les moyens d’améliorer et les services offerts aux citoyens et les conditions de vie des travailleurs desdites sociétés. La fierté d’une nation est illustrée par les images concrètes qui sont véhiculées au pays et à l’étranger relativement aux paramètres d’ordre politique, humain, social, économique, culturel, scientifique, Ces fleurons du portefeuille congolais, comme jadis la Gécamines, la SNCC, l’ancien Onatra, la MIBA, doivent être suivis d’autres réalisations économiques pour créer de la richesse et accroître le niveau de vie des Congolais. Seules les compétences doivent nous guider dans le choix de leurs dirigeants, sinon l’attachement politique à un parti risque de gonfler plus les caisses dudit parti au détriment des travailleurs et de l’État congolais.

En l’absence d’un état des lieux et de sanctions, c’est la consécration de crimes économiques et de l’impunité. Nos entreprises doivent pouvoir porter la marque nationale au-delà de nos frontières et illustrer notre savoi-faire et le génie congolais partout à travers le monde. La Chine était la risée des pays occidentaux il y a plus d’une cinquantaine d’années. Plus personne ne la prend à la légère aujourd’hui sur les plans économique, scientifique et militaire.

Notre armée nationale a formé, à l’époque des mobutistes, à Kota Koli, les troupes d’élite de l’armée du Tchad, le même Tchad qui menaçait de porter la guerre sur notre sol si le Congo refusait d’alimenter en eau le lac Tchad asséché.

D’autres militaires africains y ont reçu un entraînement également, à savoir des Centrafricains, des Camerounais et des Rwandais. C’est cette armée congolaise redoutable dont nous avons cruellement besoin aujourd’hui pour retrouver la paix dans notre mère patrie, essentiellement à l’Est du pays. Notre armée doit être à l’abri des considérations politiciennes qui lui font plus de tort que de bien. Nous devons prendre soin de ces enfants du pays qui sont prêts à donner leur vie pour que la nôtre subsiste.

S’occuper des personnes

Le respect mutuel doit être de mise en ce qui concerne aussi bien la personne physique que ses opinions. Nous n’avons pas à déclarer la guerre à notre interlocuteur qui ne partage pas notre avis. À titre d’exemple, il est de mauvais aloi de menacer de paralyser tout un pays si la justice se met à fouiner de tous les côtés sur des protégés d’un parti. Ce comportement en est un d’immaturité, de crise de leadership et d’irresponsabilité politique criantes de la part de ceux qui ont tenu les rênes de notre pays durant dix-huit ans. Ceci démontre beaucoup plus le désir de maintenir à tout prix l’emprise sur le pays au détriment du bien des populations, une culture affairiste plutôt qu’un sens de l’État.

La grandeur d’un pays se reflète principalement dans la manière dont nous nous occupons de nos concitoyens et du territoire national, La façon dont nous traitons les enfants du pays est une illustration éloquente de nos préoccupations et du respect des lois du pays et des droits des individus. L’apparition et la progression de l’épidémie du coronavirus en Chine donnent lieu à des initiatives diverses à travers le monde. Nous avons vu l’État chinois construire en dix jours un centre pouvant accueillir mille lits.

Les pays organisés à l’instar du Japon, de l’Allemagne, des États-Unis, de la France ou du Canada se démènent pour rapatrier leurs citoyens et les mettre en quarantaine durant quatorze jours pour protéger la santé publique. Car il ne suffit pas de les ramener au pays, mais il faudra également les mettre dans des conditions acceptables de confinement en assurant logement, nourriture, communication avec les leurs, assistance psychologique et autres services tout en protégeant le reste de la population.

L’amour du pays c’est-à-dire de ceux qui l’habitent et le protègent appelle une trêve olympique de la part de multiples partis politiques congolais qui sont en train d’affuter les armes en vue des élections de 2023, au risque de sacrifier le bien-être collectif d’une population congolaise déjà meurtrie sous le régime précédent et qui ne voit pas encore de changement positif profond de ses conditions de vie au jour le jour. Les engagements politiques se multiplient; les comportements « cici » c’est-à-dire, corruption, injustice, crime, impunité, dénoncés hier ont la peau dure même au sein du CACH.

Apprendre des autres

On n’arrête pas d’apprendre aujourd’hui, car le monde évolue sans cesse. Par exemple, le Canada va obliger les juges à suivre une session de formation pour pouvoir mieux exercer la justice en matière d’agression sexuelle. Nos dirigeants politiques en particulier ont besoin de telles formations thématiques sur l’éthique, la participation citoyenne, le respect des lois et du patrimoine public ainsi que des personnes et de leurs biens pour prêcher par l’exemple. Cela est plus constructif que de se lancer dans des joutes oratoires devant un public partisan acquis d’avance.

On a vu le président Trump esquiver la main tendue de la présidente de la Chambre des représentants (assemblée nationale) Nancy Pelosi lors du discours à la nation de jeudi dernier. Celle-ci, à la fin du discours de Trump, a déchiré de façon spectaculaire la copie du discours présidentiel, la démocratie à son sommet! On ne verra pas d’agents de renseignement aller chez elle l’intimider ou l’arrêter pour outrage au président. Tout s’apprend dans ce bas monde et les pays africains ont tout à apprendre de la simplicité nord-américaine où tout homme a le droit de respirer le même oxygène et boire la même eau sans arrogance malgré les inégalités sociales.

Il nous revient à nous tous, enfants du même pays, de veiller à insuffler un esprit sain dans le corps de notre pays. De l’intérieur et de l’extérieur du pays, nous devons nous sentir concernés par le sort des nôtres dans une solidarité agissante, toujours guidés par la recherche du bien-être collectif: «tata moko, mama moko, ekolo moko» nous a légué positivement le président Mobutu. Le peuple a la force d’infléchir certaines décisions politiques, comme nous l’avons vécu sous Kabila au sujet du referendum sur la loi électorale et récemment à propos des six millions de dollars de commémoration de l’alternance. Ce pouvoir populaire, le peuple se doit de l’exercer quand ses intérêts ne sont pas pris en compte par la classe politique. Cette fierté d’appartenir à cette grande nation congolaise fait que les forces du mal ne pourront jamais avoir raison de notre unité nationale. C’est à nous vrais et dignes fils et filles de ce Congo d’y veiller. C’est un combat de tous les temps d’aller toujours de l’avant pour assurer la grandeur de NOTRE PAYS LE CONGO.

Vini Mbilo, Correspondant particulier au Canada

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