Accord FCC-CACH : un marché de dupes

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En coalition avec le CACH, le FCC n’a laissé qu’une portion congrue à son partenaire dans l’élection des bureaux définitifs des assemblées provinciales de la RDC. Le FCC revendique le contrôle de 20 assemblées provinciales sur les 24 déjà pro grammées. Le CACH, par le biais de l’UDPS/Tshisekedi, n’a raflé que le Kasaï Oriental. Cette configuration des bureaux des assemblées provinciales reflète le déséquilibre dans la mise en œuvre de l’accord qui lie le FCC au CACH, ce dernier ayant servi de marchepied au premier.

LE POTENTIEL

L’élection des bureaux définitifs de 24 assemblées provinciales de la République
démocratique du Congo a finalement livré son secret.
Dans les rangs du Front commun pour le Congo (FCC), on n’a pas attendu trop long-
temps pour jubiler.

Dans un communiqué publié, lundi soir, le coordonnateur national du FCC, Néhémie Mwilanya « se réjouit des résultats obtenus par ses candidats à l’élection des membres des bureaux définitifs des assemblées provinciales à travers la République ».

Comme pour réconforter l’ancrage politique de son autorité morale, Joseph
Kabila, le FCC a, dans le même communiqué, félicité ses membres députés provinciaux « pour leur discipline et loyauté aux idéaux prônés par son autorité morale », tout en formulant le vœu de
« voir ce même comportement prévaloir lors des élections des gouverneurs et
vice-gouverneurs ». C’est tout dire.

Autrement dit, de la même manière que le FCC a réussi à dompter les assemblées provinciales, la plateforme politique de Joseph Kabila veut également imposer sa loi dans les prochains exécutifs provinciaux. Qu’a-t-il réservé à son partenaire du CACH ? C’est tout le pro-
blème.

UN DÉSÉQUILIBRE CRIANT

À première vue, le CACH, la coalition qui a porté au pouvoir le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, doit se contenter des miettes. Seule la province du Kasaï Oriental est
revenue sous son giron, par l’élection du ticket présenté par l’UDPS/Tshisekedi.

Partout ailleurs, c’est le FCC qui a dicté
sa loi – 20 assemblées provinciales sur les 24 programmées par la Céni sont sous
son contrôle.

Après s’être imposé aux élections législatives nationales et provinciales, le
Front commun pour le Congo (FCC) du président sortant Joseph Kabila vient de rafler, sans surprise, la quasi-totalité des sièges aux bureaux des assemblées provinciales (20 sur 24). Avec ce énième
score fleuve du FCC, la tâche ne fait que se compliquer pour le chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Du coup, l’événement vient relancer le débat sur les contours de l’accord qu’il a signé avec son prédécesseur.

En effet, la signature d’un accord devrait, en principe, permettre de conclure un marché du donner et du recevoir, genre gagnant-gagnant ; un marché dans le-
quel chaque partenaire devrait se retrouver. Il en va de même des affaires comme de la politique. Faire le contraire n’est que la ruse qui mine les intérêts de l’autre partenaire. L’accord FCC-CACH révèle un deal où une partie a tout à gagner au détriment de l’autre.

La configuration des bureaux définitifs des assemblées provinciales est un indicateur du revers de la médaille de l’accord signé, la veille des élections, entre le FCC du
président sortant Joseph Kabila et le CACH du tandem Félix Tshisekedi – Vital
Kamerhe : « Toi, tu me dois tout ; moi, je ne te dois rien ».

La question qui revient sur toutes les lèvres est celle de savoir si le chef de l’État
n’était-il pas entrain de régner en lieu et place de gouverner ? Il est, certes, au som-
met de l’Etat, mais rien ne prouve qu’il détienne toutes les manettes du pouvoir. De quoi sera-t-il capable s’il ne peut maitriser ni les députés nationaux et provinciaux, ni les gouverneurs de province, ni les sénateurs, ni même l’ar-
mée et la police ? D’aucuns craignent de le voir rentrer dans la lignée des chefs qui
se contentent d’inaugurer les chrysanthèmes ?

C’EST MAL PARTI

Le président Tshisekedi a-t-il tout perdu ? On sait qu’en politique, les accords se
font et se défont. Le chef de l’État sur qui pèse la pression d’une population assoiffée de changement et de rupture, devra imprimer ses marques s’il tient à garder la confiance des électeurs et de sa
« base ». Mais, en a-t-il les moyens ?

À y regarder de près, Kabila tient à garder
l’impérium, en contrôlant toutes les institutions du pays. Il a officiellement rendu le tablier mais en sous main, il con-
serverait encore tout le pouvoir d’Etat. Il a cédé de la main gauche ce qu’il a récupéré par la main droite. Sournoisement, le président sortant est entrain de priver son
« allié » de tous les attributs du pouvoir.

C’est clair comme l’eau de roche : le chef du FCC veut voir en face un successeur qui règne mais ne gouverne pas. Pris dans ce
sens, « Félix Tshisekedi ne serait qu’un masque transp rent de Joseph Kabila », es-
time bon nombre d’analystes politiques. Or, le défaut d’un masque transparent, c’est qu’il laisse entrevoir l’objet qui s’y trouve derrière.

L’on pourrait dire, in fine, que dans l’accord qu’il a signé avec le FCC de Joseph
Kabila, le président de la République s’est retrouvé dans un marché de dupes. En réconfortant son assise politique, le président sortant piège davantage celui à qui il a cédé le fauteuil. « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ».