Washington sous le charme de Félix Tshisekedi

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Entre Kinshasa et Washington, c’est déjà la lune de miel. En visite aux Etats-Unis, le président de la République, Félix Tshisekedi, est en train de récolter une grande moisson. En l’espace de 24 heures, le chef de l’Etat a obtenu de Washington ce que nul autre avant lui n’avait réussi à glaner de l’administration américaine. En effet, les Etats-Unis ont fini par tomber sous le charme du nouvel homme fort de Kinshasa. C’est une nouvelle forme de partenariat qui se met en place. Le sous-secrétaire d’Etat américain ne s’en est d’ailleurs pas caché. « 2019, année de la RDC pour les Etats-Unis ». Est-ce à dire que Kinshasa sera désormais la prunelle des yeux des Américains ?  On n’est pas loin de ce cas de figure.

Le Potentiel

Aux yeux des Etats-Unis, Félix Tshisekedi passe finalement pour le « premier président véritablement élu » de la République démocratique du Congo ». C’est l’incarnation même de la démocratie en Afrique centrale. Quand Tigor Nagy, le sous-secrétaire d’Etat américain en charge des Affaires africaines se lance sur cette voie, il y a une bonne raison de dire qu’entre Kinshasa et Washington, les lignes sont véritablement en train de bouger.

Si l’année 2018 a été pour l’administration Trump consacrée à l’Ethiopie, Washington a promis que 2019 sera celle de la RDC. La symbolique est trop forte.

On se rappelle que l’avènement du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a permis à Addis-Abeba de réaliser des progrès remarquables, jusqu’à fumer le calumet de la paix avec son voisin, l’Erythrée. En même temps, l’Ethiopie s’est engagée dans une série de réformes, ouvrant de larges perspectives de croissance économique. Evidemment, ce qu’il faut aujourd’hui appeler le miracle éthiopien n’a été possible qu’avec l’accompagnement des Etats-Unis. Vu de Washington, Addis-Abeba est d’ores et déjà sur la bonne voie.

Le prochain round qui marque le retour en force des Etats-Unis en Afrique devrait donc se jouer en RDC. C’est la promesse de Tigor Nagy au terme des échanges qu’il a eus dans la capitale fédérale américaine avec le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi.

Autant dire qu’entre Kinshasa et Washington, c’est une nouvelle forme de coopération qui se met en place. Que Félix Tshisekedi réserve aux Etats-Unis sa première sortie officielle hors de l’Afrique enlève tout doute  sur la reprise d’une coopération agissante des Etats-Unis en RDC.

Le président Félix Tshisekedi est conscient des enjeux. Il n’a pas feint d’ignorer le geste fort posé par Washington, lequel n’a pas hésité à lui dérouler le tapis rouge pour lui témoigner tout son appui.

« Déterminé à engager mon pays sur une voie de la modernité »

« Je suis plus que déterminé à engager mon pays, la RDC sur une voie de la modernité. Et donc je peux vous dire que les réformes vont continuer, mais aussi des progrès politiques et économiques. Il s’agit de faire de la RDC le fer de lance des pays d’Afrique », a indiqué Félix Tshisekedi, réagissant aux déclarations du sous-secrétaire américain aux Affaires africaines.

Le chef de l’Etat croit en ce rêve d’un Congo grand et prospère. Avec ses immenses potentialités, Félix Tshisekedi est convaincu que le miracle congolais est encore possible.

 « Mon pays a énormément des potentialités et une possibilité d’évoluer très rapidement dans le bon sens. Malheureusement, maintenant il est handicapé d’abord par un problème de sécurité, également un problème de corruption endémique et un problème de structuration de son administration qui est très faible. Nos priorités vont aller dans ce sens pour remettre au centre de l’action l’homme Congolais », a indiqué M. Tshisekedi. Avant de dévoiler ce qu’il attend de sa main tendue à l’administration américaine. « Nous voulons consolider notre amitié avec les États-Unis et en faire un partenariat gagnant-gagnant », a souligné le chef de l’Etat.

Avec le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, qu’il a rencontré le même mercredi, le président Félix Tshisekedi a obtenu les mêmes garanties. Visiblement, Washington lui a ouvert les portes. A lui évidemment de les saisir pour en faire profiter à la RDC et à tout son peuple.

Le chef de la diplomatie américaine a promis tout le soutien de son pays à la vision de changement qu’incarne aujourd’hui Félix Tshisekedi, centrée essentiellement sur la lutte contre la corruption, le renforcement de la gouvernance, la promotion des droits de l’Homme et le devoir de redevabilité qui doit lier les dirigeants.

Si les Etats-Unis se montrent déjà marqués par les premiers actes posés par le président Tshisekedi, notamment la libération des prisonniers politiques, l’ouverture de l’espace démocratique et bien d’autres, le sous-secrétaire aux Affaires africaines est d’avis que c’est le début d’un long processus d’assainissement de la vie politique en RDC pour arrimer véritablement le pays sur la voie du changement. Dans ce chalenge qui s’offre à la RDC, Félix Tshisekedi peut compter sur les Etats-Unis. Cette promesse d’accompagnement sans faille est certainement la principale moisson de sa tournée américaine.

Autant dire que Washington est tombé sous le charme de Félix Tshisekedi. Entre Kinshasa et Washington, il y a une nouvelle page qui est en train d’être écrite. Elle sera portée durant les cinq prochaines années par le successeur de Joseph Kabila.

T/ La Belgique reconnaît en Tshisekedi le président du Congo

La Belgique est prête à reprendre « une relation bilatérale normale » avec le Congo, a annoncé Didier Reynders après avoir rencontré mercredi à Washington le président congolais Félix Tshisekedi, voire même à un « échange d’ambassadeurs » si les changements annoncés par le vainqueur contesté de la présidentielle congolaise deviennent réalité.

Le ministre belge des Affaires étrangères et de la Défense est à Washington jusqu’à ce jeudi soir pour les 70 ans de l’Otan. Il y a rencontré M.Tshisekedi alors que celui-ci se trouve aussi dans la capitale américaine pour sa première visite hors continent africain.

« Nous sommes prêts à reprendre une coopération militaire. Il est demandeur. Une délégation de la Défense va se rendre au Congo », a aussi ajouté M.Reynders à quelques journalistes. « Nous allons pouvoir rouvrir le consulat général de Lubumbashi. Je souhaite que les Congolais rouvrent aussi leur consulat d’Anvers ».

La Belgique ne désespère pas aussi de pouvoir, aider le Congo – via le port d’Anvers et la SNCB – à réinvestir dans le port de Matadi et à sa liaison ferroviaire. C’est en tout cas ce qu’a souligné M.Reynders à l’issue de son entretien.

C’est donc à une reconnaissance de facto par la Belgique du président Tshisekedi et du gouvernement qu’il annonce pour avril à laquelle on assiste, dès lors qu’il y a « une acceptation par les Congolais et par la région » de la désignation de ce dernier à la présidence. L’objectif est de rétablir avec le Congo des relations normales, qui avaient été détériorées à la fin de l’ère Kabila.

Bruxelles et Washington sur la même longueur d’ondes

Félix Tshisekedi a choisi les Etats-Unis pour effectuer entre les 3 et 5 avril sa première visite hors continent africain. Il y a rencontré le secrétaire d’Etat américain à l’énergie Rick Perry, le sous-secrétaire américain aux Affaires africaines Tibor Nagy, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, et doit aussi s’entretenir avec des responsables du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale.

L’un des dossiers en discussion est la construction du barrage hydroélectrique Inga 3, un projet capital pour le Congo où moins de 10 pourcent de la population dispose de l’électricité.

Tshisekedi a été proclamé président et investi dès le mois de janvier. La légitimité de sa victoire aux élections a été dénoncée par de nombreuses organisations et pays. Le candidat évincé Martin Fayulu accuse Félix Tshisekedi et son prédécesseur, Joseph Kabila, de s’être entendus à ses dépens.

En rétorsion, les Etats-Unis ont imposé des sanctions financières contre plusieurs membres de la Commission électorale mais ont maintenu un dialogue avec le nouveau président, notamment en dépêchant à Kinshasa leur sous-secrétaire Tibor Nagy en mars. « Nous sommes déterminés à travailler avec lui pour la mise en œuvre de son programme visant à combattre la corruption, renforcer l’Etat de droit, améliorer la sécurité, protéger les droits humains et promouvoir la croissance économique par une hausse des investissements étrangers et du commerce, notamment avec les Etats-Unis », a déclaré Robert Palladino, le porte-parole de la diplomatie américaine, en annonçant la visite du président congolais.

Félix Tshisekedi garde des liens étroits avec la Belgique. Sa mère y vit, tandis que la dépouille de son père Etienne y est conservée depuis le 1er février 2017, date de son décès. Un mausolée est en construction au Congo pour abriter la dépouille. Selon M. Reynders, la construction de ce mausolée pourrait être terminée au mois d’avril.

La Libre Belgique