Viol sur mineure de 13 ans : la justice reste un boulet pour l’émergence de la RDC

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Ce dossier d’une adolescente de 13 ans violée par 7 de ses condisciples de classe doit être une opportunité pour ajuster la justice congolaise. Le jugement rendu en première instance est inacceptable. Sinon, la justice restera à jamais un boulet pour l’émergence de la République démocratique du Congo.

Amédée MK

« La justice élève la nation ». Il y a lieu d’affirmer sans peur d’être contredit que la République démocratique du Congo patauge au bas de tous les palmarès de développement humain parce que la balance de sa justice reste truquée. En RDC, le jugement est souvent rendu en faveur du plus offrant, s’il n’est pas dit en faveur du plus fort. Voilà le challenge pour le nouveau pouvoir qui devra, en priorité, apporter le changement dans l’administration de la justice.

Sans un appareil judiciaire indépendant, le pays est condamné à patauger non seulement dans la jungle comme c’est le cas actuellement avec des voleurs, corrupteurs et autres détourneurs des deniers publics qui se la coulent douce mais aussi avec une société où les mineurs resteront dévergondées sans aucune sanction de la justice.

L’affaire de viol sur une mineure de 13 ans par sept de ses condisciples de classe lors d’une manifestation festive dans une villa privée choque plusieurs consciences. La majorité des Congolais rejettent le jugement rendu en première instance par le Tribunal pour enfants siégeant à la maison communale de Kinshasa : deux condamnations et cinq acquittements. Sans doute, l’argent a circulé pour qu’on arrive à un jugement aussi biaisé.

C’est quoi cette justice qui ne peut sanctionner un mineur qui viole une autre mineure ! Ce qui a provoqué la colère des avocats de la victime. « Je suis très en colère. Deux enfants ont été condamnés. L’un a été condamné pénalement. Civilement responsables, ses parents vont payer une somme de 10.000 dollars américains comme dommages et intérêts. Le cerveau moteur n’est pas allé à la prison de Makala, parce que c’est l’enfant d’une autorité. Ses parents doivent également payer 10.000 dollars. Les cinq autres ne sont pas concernés, notamment ceux qui ont doigté la fille et ceux qui ont introduit leurs verges dans sa bouche ne sont pas condamnés », a dit à Actualite.cd, Me Fidèle Kanyinda, après le jugement rendu le lundi 17 juin.

Rappelons les faits. L’événement s’était déroulé le 17 mai, jour férié, dans un appartement de la commune de la Gombe. La victime a été droguée. Les scènes du viol ont été filmées et partagées par ces mineurs violeurs. La fille et ses camarades sont tous élèves du complexe scolaire Révérend Kim, dans la commune de Lingwala.

C’est donc un viol avec préméditation qui émeuve non seulement les activistes de défense des droits de l’enfant mais aussi tout homme épris de bon sens. Le jugement biaisé a tellement choqué que les échos sont arrivés jusqu’à la présidence de la République.

En effet, le sujet a été au menu de l’audience que la speaker de la Chambre basse du Parlement, Jeanine Mabunda, a accordée, hier mercredi 19 juin à la conseillère spéciale du chef de l’Etat en charge de la lutte contre les violences sexuelles, du genre et de la jeunesse, Chantal Yelu Mulop.

Les deux personnalités ont poussé leur cri d’indignation pour que des mesures appropriées soient prises. « Le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi est très préoccupé par cette situation. En tant que père de famille et surtout père des filles, il s’associe à la douleur des parents pour suivre de près l’évolution de ce dossier sur le plan judiciaire et avec les institutions de protection de la jeunesse », a fait savoir Mme Chantal Yelu Mulop.

Pour autant, cette affaire de viole devrait être une occasion indiquée pour apporter une vraie réforme de l’appareil judiciaire en RDC. Le changement tant espéré par les Congolais avec l’avènement de Félix Tshisekedi à la magistrature suprême ne pourrait s’opérer que si la justice devient libre et indépendante. Tout indique qu’à son état actuel, la justice congolaise reste un obstacle majeur pour le progrès intégral de la RDC. « Sa refonte est un impératif républicain, une exigence d’éthique et un préalable essentiel », soutient le député national Claudel-André Lubaya.