Malgré les apparences, Martin Fayulu courtise Félix Tshisekedi

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Malgré les apparences du combat pour la « vérité des urnes », Martin Fayulu attendait, à l’insu de ses pairs de LAMUKA, la suite à son projet visant à le positionner pendant les cinq prochaines années. Il s’agit de la création d’un Haut conseil national des réformes institutionnelles dont il deviendrait l’animateur aux côtés de son tombeur, ci-devant Félix Tshisekedi. La révélation est partie d’une lettre signée de sa propre main et destinée à la communauté internationale. Vérité des urnes contre vérité des coulisses, le jeu de Martin Fayulu est mis à nu : il courtisait en secret Fatshi et roulait sa base dans la farine.

Le Potentiel

Entre Martin Fayulu, candidat malheureux à la présidentielle de décembre 2018, et ses pairs de LAMUKA, les violons ne semblent plus s’accorder. Alors que tous les autres leaders affichent leur unité autour de l’idéal de la défense de la démocratie, Martin Fayulu semble avoir pris la tangente. On commence à savoir un peu plus sur le contenu dont il a été porteur, après la dernière tournée qu’il venait d’entreprendre en Occident. En réalité, Fayulu, qui voit déjà son combat pour la « vérité des urnes » être voué à l’échec, travaillait sur un autre schéma.

Dans une lettre datée du 10 mai 2019, dont le contenu a largement été partagé sur les réseaux sociaux, Martin Fayulu, qui opère désormais en solitaire, loin des regards de ses pairs de LAMUKA, propose à la communauté internationale un plan de « sortie de crise » qui passe par la création d’un « Haut conseil national des réformes institutionnelles (HCNRI) » ayant pour charge de piloter les réformes à opérer, notamment dans les domaines suivants : « Commission électorale, Cour constitutionnelle (pouvoir judiciaire), Défense et sécurité, gouvernance (lutte contre la pauvreté), Droits humains ».

En marge de la création de cette structure, Martin Fayulu va plus loin en invitant la communauté internationale à s’investir pour « organiser de nouvelles élections générales (présidentielle, législatives nationales et provinciales, les sénatoriales, les présidents des assemblées provinciales, les gouverneurs et vice-gouverneur de provinces) ». Selon lui, « ces nouvelles élections seront ouvertes à tout le monde ».

Cerise sur le gâteau, Martin Fayulu se démarque totalement de son discours habituel autour de la « vérité des urnes » en estimant que « pendant cette période des réformes allant de 12 à 18 mois, M. Félix Tshisekedi dirigera le pays et M. Martin Fayulu dirigera le HCNRI ».Voilà le pot aux roses !

Dans la journée de lundi, la rédaction du Potentiel a tenté en vain d’entrer en contact avec l’entourage de Martin Fayulu. Embarrassé, personne n’a donc su réagir à cette lettre de Martin Fayulu, dont l’authenticité a été du reste confirmée par différentes chancelleries occidentales présentes à Kinshasa.

Au sein de LAMUKA, l’initiative engagée en solitaire par Martin Fayulu a créé des mécontents. Si les principaux leaders de LAMUKA ont préféré gardé le silence, dans l’entourage de Moïse Katumbi, actuel coordonnateur de la coalition, les langues n’ont pas tardé à se délier.

Que retenir du plan de sortie de crise de Fayulu

On sait désormais que Martin Fayulu a tourné la page de son combat. La vérité des urnes n’est plus à l’ordre du jour, tout comme le rejet de Félix Tshisekedi, comme président de la République « élu ». Aux termes de son document de sortie de crise, le doute n’est plus permis sur cette réalité que toute la communauté internationale a confirmée au nom de la paix et du développement de la RDC. 

La révélation de cette correspondance du président de l’Ecidé, contraste malheureusement avec les apparences qu’il avait affichées en entraînant sa base dans un combat visant à revendiquer sa victoire à la présidentielle du 30 décembre 2018. Une chose est vraie désormais : Martin Fayulu reconnait officiellement Félix Tshisekedi comme le président élu de la RDC.

Dans les rangs de LAMUKA, on a du mal à comprendre cette attitude de l’homme de la «vérité des urnes ».

Olivier Kamitatu, porte-parole de Moïse Katumbi ne l’a pas raté, via twitter. « En évoluant en franc tireur, Martin Fayulu tourne la page de la vérité des urnes. Son offre de dialogue avec Félix Tshisekedi consacre l’essoufflement d’un radicalisme stérile. Et, le procès en diabolisation intenté stupidement contre Moïse Katumbi s’en trouve plus inqualifiable ».

Bien auparavant, Francis Kalombo, un autre proche de Katumbi, s’en était vivement pris à Martin Fayulu par un tweet. « La journée, on envoie le peuple dans la rue pour se faire tuer et la nuit, on négocie un poste (pour lui seul) à la tête d’une institution ! La vérité des urnes à la congolaise ».

Vérité des urnes vs vérité des coulisses

Que reste-t-il encore à Martin Fayulu comme leader? Peut-on penser déjà à un divorce entre lui et ses pairs de LAMUKA ? En tout cas, le scénario est fort probable. Dans son double jeu, il s’est empressé, apprend-on des couloirs de l’opposition, de publier un communiqué de LAMUKA appelant à la marche du 30 juin dernier avant l’aval de tous ses pairs. De même, sans vérifier l’information, il a envoyé ses condoléances à un combattant présumé abattu par la police dimanche à Goma (Nord-Kivu).

Le média français Le monde (13 juin 2019) avait lancé une alerte sur les nouvelles intentions de Martin Fayulu. Parlant de Fayulu, Le Monde rappelait en son temps que : « Malgré tout, il (Ndlr : Matin Fayulu) continue de démarcher auprès des chancelleries occidentales et africaines. Sa stratégie évolue peu à peu. Il ne se contente plus de réclamer l’improbable réorganisation des élections, de raviver la menace d’un soulèvement populaire, comme il l’a fait publiquement. Aux diplomates, il parle désormais aussi d’une + mission + : assainir le cadre électoral en proposant la création d’un + Haut conseil national des réformes institutionnelles +. Et ce, en vue de prochaines élections, en 2023 ». Le Monde concluait son analyse par une interrogation : « Tiendra-t-il jusque-là en réussissant à endiguer le déclin de son influence sur le paysage politique, à commencer par son propre camp ? ».

Autant dire que Martin Fayulu passe un mauvais temps. Entre lui et LAMUKA, on n’est plus loin d’un divorce. Sa lettre du 10 mai 2019 ne restera pas sans conséquence sur son avenir politique.