Gouvernement Ilunga : entre rupture et continuité

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Nommé au poste de Premier ministre, le professeur Ilunga Ilunkamba devra évoluer dans un contexte politique particulier. Au départ des tractations entre le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, et Joseph Kabila, chef de file du FCC, le prof Ilunga n’était même pas sur la short list de deux partenaires. Mais, c’est sur lui que les deux têtes d’affiches du FCC et du CACH ont porté leur dévolu. C’est à juste titre d’ailleurs qu’il est présenté comme le candidat du compromis. C’est ce même compromis qui dictera son programme de gouvernement. Entre la rupture prônée par Félix Tshisekedi et la continuité que s’efforce d’imposer le FCC, Ilunga Ilunkamba est attendu au tournant.

Le Potentiel

La formation du gouvernement Ilunga Ilunkamba est entrée dans sa dernière ligne droite. C’est le compte à rebours. Entre le FCC et le CACH, un compromis a été trouvé depuis le 29 juillet dernier sur le partage des postes ministériels. Pour l’instant, dans les deux états-majors, l’heure est au choix des heureux promus. Mercredi dernier, lors du lancement de ses consultations, le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba a fixé les esprits. Il attend demeurer le maître du jeu. Aussi a-t-il rappelé les critères à mettre en œuvre dans le choix des membres de « son » gouvernement.

Quant au programme de ce gouvernement, une équipe mixte FCC –CACH travaille depuis lors sur la question. De ces discussions sortira un programme « commun » sur lequel le Premier ministre va sûrement asseoir toute son action. Parallèlement, les deux partenaires à la coalition ont également décidé de la « mise sur pied d’un Comité de suivi de la mise en œuvre de l’accord de coalition ».

A l’analyse de l’épilogue qui a entouré la nomination du Premier ministre Ilunga Ilunkamba, on peut se poser quelques questions sur la mage de manœuvre qui lui sera réservée pour asseoir véritablement sa vision aux commandes de l’Exécutif central.

Un exercice d’équilibriste

A première vue, la tâche ne sera pas facile pour le nouveau locataire de la Primature. De prime abord, personne ne l’attendait à ce poste. Sa nomination a été une surprise générale, déjouant tous les pronostics. Si bien que, nombre d’observateurs le présente comme un candidat du compromis. En réalité, sur la short list de Tshisekedi ou de Kabila, le professeur Ilunga Ilunkamba n’est pas en bonne position. C’est par élimination que les deux ont convenu finalement de miser sur lui.

Fruit d’un compromis, le Premier ministre paraît dès lors lié par d’un côté, le président Félix Tshisekedi qui l’a nommé par ordonnance présidentielle, et de l’autre, Joseph Kabila qui a porté sa candidature au nom et pour le compte du FCC. Quel est dès lors le programme que le Premier ministre devra mettre en œuvre. L’accord de coalition du 29 juillet 2019 entre le FCC et le CACH pose le principe d’un programme « commun », censé concilier la vision du CACH de Félix Tshisekedi et celle du FCC de Joseph Kabila.

Quoique liés par le sort, au regard des résultats des élections du 30 décembre 2019, le FCC et le CACH sont idéologiquement très éloignés. Concilier leur vision autour d’un programme commun ne sera donc pas chose facile. D’un côté, Félix Tshisekedi qui incarne les 37 ans de lutte de l’UDPS devra, d’une certaine manière, se départir des idéaux de son parti. Convoler en justes noces avec le FCC oblige le CACH, particulièrement l’Udps, à renier son combat pour ne pas gêner son partenaire à la coalition, le FCC.

De l’autre côté, le FCC qui a réussi à asseoir son hégémonie au Parlement et dans la majorité des assemblées provinciales, est assurée de conserver son emprise sur la scène politique congolaise. Face au CACH, le FCC est en position de force. C’est dire que, dans le deal conclu entre le FCC et le CACH, c’est le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, qui se trouve dans l’obligation de faire plus de concession que ne pourrait le faire son partenaire. Ce qu’impose la Constitution congolaise qui reconnait la conduite de l’action gouvernementale au regroupement ou parti politique majoritaire à l’Assemblée nationale. Or, au sein de la Chambre basse du Parlement, le FCC est assuré, tout seul, d’avoir aligné la majorité.  Autrement dit, composer avec le CACH, c’est juste pour ne pas gêner le président de la République.

Qu’est-ce à dire ?

La carte politique du Parlement aura de grandes répercussions sur le programme qu’exécutera le gouvernement Ilunga Ilunkamba. Entre la rupture prônée depuis toujours par Félix Tshisekedi, le Premier ministre est en même temps obligé de garantir la continuité du régime politique qui l’a porté à ce poste, à savoir celui incarné par le FCC de Joseph Kabila. Difficile dans ces conditions de trouver le juste milieu.

Coordonnateur national de la Nouvelle Société civile du Congo (NSCC), Jonas Tshiombela ne s’attend pas à une rupture avec le Premier ministre Ilunga Ilunkamba. Dans une déclaration largement relayée par les réseaux sociaux, cet activiste de la Société civile ne fait pas dans la dentelle. « Les consultations initiées par le Premier ministre en RDC sont une simple distraction et perte de temps. Une Société civile déconsidérée en amont lors de négociation par les vrais décideurs que l’on tente  d’amadouer maintenant. Les dés sont déjà jetés par les autorités morales et nouveaux dignitaires ». Puis, il enfonce le clou : « Ces consultations de distraction ne changeront rien dans les options déjà levées par le FCC et le CASH. La Société civile en principe doit décliner cette invitation du Premier ministre qui frise la déconsidération et qui risque de faire d’elle simple figurante et accompagnatrice des agendas cachés des autres ».

A tout prendre, le programme du gouvernement Ilunga sera partagé entre la rupture et la continuité. Au bout du compte, l’un devra primer sur l’autre. Au regard de l’ancrage du FCC dans le microcosme politique congolais, on est sans doute parti pour une continuité qui ne dit pas encore son mot.