Conflit interethnique Twa-Bantou : projet « Tusikilizane », au service de la paix au Tanganyika

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Dans la province du Tanganyika, l’implication de l’église catholique à coté d’autres Ongs de développement a largement contribué au retour de la paix entre les communautés Twa et Bantou.

Les tensions interethniques entre les communautés Twa et Bantou dans la province du Tanganyika sont en voie d’apaisement. L’église catholique, qui s’est totalement impliquée dans cet effort, au travers de sa Commission diocésaine Justice et paix (CDJP), s’en félicite. Très active sur le terrain, la Ligue pour la protection des enfants et développement des mamans (Lifedem) lui a d’ailleurs emboité le pas.

Le chemin parcouru

Se livrant au Potentiel, l’abbé David Ngoy Luhaka, directeur de la CDJP de Kalemie, chef-lieu du Tanganyika, passe en revue le chemin parcouru avec la mise en œuvre du projet « Tusikil izane », notamment son apport en faveur des jeunes et femmes de la communauté Twa.

« Avec les vagues de violences successives dans le Tanganyika, les communautés se sont empoignées au point de mettre en mal les relations entre les différents groupes sociaux. Ce conflit tribalo ethnique a généré des massacres, des viols, vols, incendies, bref des exactions de tous ordres dont sont le plus souvent exposés les femmes et les jeunes filles. Les stéréotypes d’infériorisation voire d’infantilisation de la femme ont renforcé les comportements sexistes de certains membres de la communauté, au point de considérer la femme, particulièrement la femme Tw a comme un être inférieur, ce qui évidement a contribué à détériorer leur condition de vie déjà précaire », a-t-il rappelé.

La solution, note-t-il, est venue de « l’approche inclusive et durable que propose le projet conjoint Tusikilizane, financé par le Fond de consolidation pour la paix, qui tente de résoudre les effets du conflit intercommunautaire sur les femmes et les filles ». Aussi, à travers ce projet conjoint, la FAO et PAM ont-ils mobilisé une vaste majorité de femmes, 1.000 au total dans des clubs Dimitra, dont les membres sont majoritairement femmes. Ce qui a largement contribué à leur promotion et leur émancipation dans le processus de consolidation de la paix à Nyunzu et Kalemie et Kabalo.

Prenant en compte le respect des lois nationales et internationales dans les relations homme-femme/twa-bantous, le projet Tusikilizane vient en appui aux efforts de toute la communauté en matière de cohésion sociale. Il s’appuie à la fois sur les comités locaux de paix (où il y a essentiellement des adultes) et des Clubs de solidarité et de paix (avec la majorité des jeunes) qui sont des comités des mixtes twa et bantous).

De l’avis de l’abbé David Ngoy, « cette approche de mixité (twa/bantous, jeunes/adultes, garçons/filles, hommes/femmes) vient renforcer les prescrits des standards nationaux et internationaux relatifs à la promotion de la cohésion sociale par l’inclusion des pairs et de lutte contre la discrimination sous toutes ses formes, en vue de mettre en confiance toutes les catégories sociales ».

En fin de compte, l’abbé David Ngoy note qu’avec le renforcement des capacités, « ces jeunes, jadis acteurs violents, se sont mués en acteurs de paix, catalyseurs et mobilisateurs de masse pour une cohabitation pacifique des communautés dans le Tangan yika ».

Pour consolider la paix dans le Tanganyika, via la participation des jeunes, le projet Tusikilizane prévoit le renforcement de capacité des jeunes formateurs en éducation pour la paix et la cohabitation pacifique. Cette intervention, qui consiste à former 20 jeunes Twa et Bantous, permettra, se défend l’abbé Ngoy, de « transmettre des compétences nécessaires pour mener à bien des actions de prévention de conflits et de renforcement de cohésion sociale auprès de 25 groupes de jeunes, soit 200 jeunes garçons et filles issus de plus de 25 villages à Nyunzu, Kabalo et Kalemie ainsi que les membres de leurs communautés ».

La lipedem emboite le pas

Très engagée à côté de la CDJP, Augustin Kamanji de la Lipedem insiste sur la participation des jeunes à cet effort de pacification. « Il faut préciser que les jeunes constituent, en termes de poids démographique, la partie de la population la plus vigoureuse et par conséquent la plus exposée lors des conflits ethniques et tribales qui ont touché la province, souvent recrutés par les milices comme combattants pour les garçons ou comme gardiennes pour les filles ».

Il est convaincu que « la jeunesse reste incontournable dans l’instauration de la paix dans la province du Tanganyika, car c’est elle qui agit comme catalyseur pour un changement social pour une paix durable dans la province ». Ce qui explique, pense-t-il, le soutien de l’UNESCO et de l’UNFPA dans la session de formation de formateurs en éducation à la paix et à la cohabitation pacifique.

Au Tanganyika, le principe pour un retour rapide de la paix est connu de tous. « Pour nous, la guerre naît dans les esprits et il faut donc instaurer la culture de la paix dans les esprits de la jeunesse pour instaurer la paix au sein de la province du Tanganyika », prône Augustin Kamanji.

Membres de Clubs de solidarité et de paix, les jeunes leaders ainsi formés ont la charge de former à leur tour cent quatre-vingt (180) jeunes pair(e)s éducateurs/éducatrices à la paix, à la cohésion sociale et la cohabitation pacifique au sein de leurs communautés respectives. Ce qui aidera ces jeunes à devenir des agents promoteurs de paix dans leurs villages respectifs.

LP