Le Kongo central au bord de l’implosion

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Réhabilité, le gouverneur Atou Matubuana finalement déchu par l’Assemblée provinciale

Suspendu puis réhabilité au poste de gouverneur du Kongo central, Atou Matubuana est dans de beaux draps. Dans les milieux Ne Kongo, on n’a pas toléré le retour aux affaires de celui qui a désacralisé les valeurs Kongo. La guerre des clans s’en est suivie avant que finalement, loin des installations de l’Assemblée provinciale, la majorité de députés provinciaux décide de la déchéance d’Atou Matubuana.

Le Potentiel

Qu’est-ce qui se passe dans le Kongo central ? A la suite de la  situation de crise créée par une sextape de son vice-gouverneur, le Kongo central est encore loin de retrouver son accalmie.

Suspendu, en attendant l’ouverture d’une action judiciaire devant la Cour de cassation, le gouverneur de la province du Kongo central, Atou Matubuana, et son vice venaient d’être réhabilités, sur décision du vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et Sécurité, Gilbert Kankonde. C’était la petite goutte qui a fait déborder le vase. Le Kongo central a frôlé l’anarchie. Dont les effets se sont poursuivis jusqu’à Kinshasa.

Mardi, on a assisté à une scène insolite à l’Assemblée nationale où le gouverneur Matubuana était convoqué pour présenter ses moyens de défense à la suite d’une motion de défiance lancée contre lui. Le chef de l’exécutif provincial n’a même pas eu le temps de se défendre. En lieu et place, on a eu plutôt droit à une bataillé rangée entre les pros et anti Matubuana.

Selon le récit rendu par le site d’infos en ligne, actualite.cd,après l’ouverture de la plénière, le président du bureau de l’Assemblée provinciale du Kongo central, Anatole Matusila, a voulu procéder à la lecture de l’ordre du jour qu’il aurait  élaboré avec son vice-président sans associer les 3 autres membres du bureau. Un acte, note la source, que n’a pas digéré le rapporteur, dénonçant par ce fait l’usurpation de ses prérogatives par le président de l’Assemblée provinciale.

Entre temps, il y avait deux lettres soumises au bureau de l’Assemblée provinciale par deux députés qui avaient présenté quelques heures auparavant leur démission dans le gouvernement réaménagé d’Atou Matubuana.

« Donc au lieu de 41 comme d’habitude, nous étions au nombre de 43. Alors, les 3 membres du bureau ont quitté le perchoir en laissant Matusila et son vice-président. Les députés ont commencé à siffler dans la salle pour dénoncer la démarche de Matusila qui est d’ailleurs visé par une motion de déchéance », a confié à actualite.cd un député provincial du Kongo Central présent dans l’hémicycle.

La suite est digne d’un film d’Hollywood. En effet, au moment où le gouverneur Matubuana s’apprêtait à gagner l’hémicycle pour répondre à la motion de défiance, des témoins rapportent qu’ « un garde du corps du président Matusila a tiré une balle, et directement Atou Matubuana a été évacué par sa garde ».

Tout s’est arrêté là. Dans la confusion la plus totale.

Kinshasa : pyromane et sapeur-pompier

L’on se rappelle que la sextape qui impliquait directement le vice-gouverneur du Kongo, les deux membres de l’exécutif provincial ont été suspendus à titre préventif, en attendant l’aboutissement de l’instruction ouverte à la Cour de cassation. L’intérim de l’exécutif provincial était alors assumé par le ministre provincial de l’Intérieur. Cela jusqu’à ce que le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur réhabilite finalement Atou Matubuana dans ses fonctions.

Dans la province, des voix discordantes se sont directement élevées. La contestation est allée jusqu’au FCC où sa coordination s’est dit indignée de la réhabilitation de Matubuana, promettant de tout mettre en œuvre pour l’écarter définitivement des commandes de la province. C’était le début d’une saga à multiples rebondissements.

A dire vrai, tout est donc parti de la décision de réhabiliter Atou Matubuana. Le vice-Premier ministre de l’Intérieur aurait-il péché par cécité politique ? Nombre d’analyses partagent ce point de vue.  Ils sont d’avis que le moment n’était pas indiqué pour le gouvernement de jeter de l’huile sur un feu qui commençait déjà à perdre d’intensité. Qui pis est, le FCC – sa famille politique – avait déjà honni Atou Matubuana.

Dès lors, on se pose une question : qu’est-ce qui a donc pu motiver le gouvernement central à remettre dans ses fonctions Atou Matubuana ? Difficile à dire. A ce jour, seul le vice-Premier ministre de l’Intérieur détient la clé de cette énigme.

Quoi qu’il en soit, le feu est en train de gagner le Kongo central. Le retour aux affaires d’Atou Matubuana a créé de profondes fissures dans la province. Il faut craindre le pire.

A Kinshasa, on en est bien conscient. A en croire, un télégramme, largement relayé dans les médias, le gouverneur et président de l’Assemblée provinciale du Kongo ont été rappelés en urgence dans la capitale pour consultation. Qu’est-ce qui pourrait se passer ? Le suspense est entier.

Toujours est-il que sur l’ensemble de la province, le come back d’Atou Matubuana gène énormément. Les Ne Kongo l’ont fait savoir dans des termes ne pouvant prêter à aucune confusion.

La crise est là. Malgré sa convocation à Kinshasa, la motion de défiance qui trainait sur la table du bureau de l’Assemblée a été réactivée. Atou Matubuana a été déchu, finalement, entrainant dans sa chute tout le gouvernement provincial.

Félix Tshisekedi, le dernier rempart

Certains observateurs pensent que le chef de l’Etat Félix Tshisekedi n’a pas intérêt à faire perdurer la crise dans le Kongo central, compte tenu, particulièrement du poids économique de cette province dans le budget de l’Etat. Le Kongo central est la troisième province pourvoyeuse des recettes dans le budget de l’Etat, après Kinshasa et le Haut-Katanga. On pressent déjà que le chef de l’Etat sera amené, en cas de persistance de la crise dans le Kongo central, à activer les dispositions prévues à l’article 198 de la Constitution.

Le dernier alinéa de cet article précise que : « lorsqu’une crise politique grave et persistante menace d’interrompre le fonctionnement régulier des institutions provinciales, le président de la République peut, par une ordonnance délibérée en Conseil des ministres et après concertation avec les bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat, relever de ses fonctions le gouverneur d’une province. Dans ce cas, la Commission électorale nationale indépendante organise l’élection du nouveau gouverneur dans un délai de trente jours ».

Tendrait-on déjà vers un tel scenario dans le Kongo central. Laisser le Kongo central basculer dans l’horreur, c’est hypothéquer d’importantes recettes du budget de l’Etat. Avec un projet de budget 2020 arrêté à 10 milliards USD, Félix Tshisekedi n’acceptera pas de perdre le Kongo central. Un coup de force du président de la République pour remettre de l’ordre dans la province devient de plus en plus probable.

Enfin, Matubuana tombe

Avant même que le chef de l’Etat n’active ce mécanisme en procédure d’urgence, l’Assemblée provinciale est parvenue à obtenir la tête d’Atou Matubuana. Ne pouvant siéger dans ses installations officielles de Matadi, les députés provinciaux se sont trouvés dans l’obligation de se délocaliser pour statuer sur le sort de Matubuana. La sentence n’a pas tardé. Le gouverneur Atou Matubuana a été déchu de ses fonctions. Il emporte par cette décision le gouvernement qu’il venait à peine  de réaménager.

Avec cette déchéance, on doit s’attendre à une bataille juridique, dans la mesure où les députés provinciaux ont statué en dehors du siège officiel de l’organe délibérant de la province.

Quoi qu’il en soit, la terre se dérobe déjà sous les pieds d’Atou Matubuana. Le contraire devient plus qu’improbable. Il vit ses derniers jours à la tête du Kongo central. La sextape de son vice-gouverneur l’a finalement entrainé dans le gouffre.