Tshisekedi sort les griffes

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C’est loin de la mère-patrie, précisément dans la capitale britannique, que le président de la République démocratique du Congo a, pour la première fois, dévoilé l’arme secrète censée défendre son combat politique et conforter les aspirations du Peuple.

Avec des accents spartiates insoupçonnés jusqu’ici, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, face à l’impatience des Congolais aussi bien de la diaspora que de l’intérieur, a mis des points sur des ’’i’’ en menaçant ouvertement de renvoyer du gouvernement des ministres qui «essayeront de combattre [ses] actions, peu importe leur camp politique». Il n’a pas non plus ménagé ceux des politiciens qui «veulent (le) pousser à bout» pour qu’il «puisse dissoudre l’assemblée nationale». Le lion a rugi. Il a montré ses griffes.

Le Potentiel

De toute la causerie familiale qui, le dernier week-end, a rassemblé à Londres la communauté congolaise autour du président de la République, chaque Congolais n’a retenu que ce qu’il voulait entendre. Mais c’est davantage les sujets politiquement délicats qui auront focalisé l’attention. Et pourtant, le chef de l’État a brossé à l’intention de son auditoire la situation globale prévalant au pays. Une façon élégante de répondre aux préoccupations des compatriotes évoluant à des milliers de kilomètres de la patrie. Florilège.

Concernant la pénible situation des Congolais de Beni-Butembo, l’opinion veut savoir qui agressent, tuent, pillent les populations ? Faut-il, en toute circonstance, accuser les rebelles ougandais des ADF ? Fort des renseignements récoltés, Tshisekedi éclaire la lanterne : «la crise de Beni n’est pas une agression extérieure. C’est un complot des ennemis de la RDC, y compris certains de nos compatriotes. [Ils ont pour mission de] tuer et piller nos richesses».

Les agresseurs étant identifiés, les opérations militaires lancées, que faut-il attendre ? Réponse présidentielle : «J’ai dit à l’état-major des FARDC qu’on ne laissera plus le temps à ces ADF. On ira jusqu’au bout».

Fatshi accompagne cette réponse d’une boutade en forme de réplique à la critique facile : «Ceux qui félicitent aujourd’hui les FARDC alors que, hier, ils ont vilipendé le président Kabila ou encore  moi-même, je leur demande aussi d’apprécier celui qui a donné l’initiative aux FARDC pour vaincre l’ennemi à Beni-Butembo».

Des termes tranchants

À certains compatriotes  de la diaspora qui, pour des raisons inavouées, veulent jeter les Banyamulenge à la mer, le président Tshisekedi se veut pédagogue : «Les Banyamulenge sont des Congolais. Ils sont restés de génération en génération en RDC. C’est comme vous qui avez pris la nationalité d’ici. Il est anormal qu’on ne vous considère pas. J’ai parlé aux Banyamulenge, je leur ai demandé de démontrer qu’ils sont Congolais à travers les actes».

Faut-il plaindre des Congolais qui veulent déstabiliser le pays ? Un conseil présidentiel : «Cultivons l’amour de la RDC. Ceux qui combattent le pays à travers des actions indignes ne sont pas des combattants mais des +Combantaba+, parce qu’ils se font conduire comme des chèvres au lieu d’être lucides et d’agir en toute responsabilité pour l’amour de la RDC».

Au sujet de la rumeur tenace selon laquelle il existerait des politiciens, dont des ministres, qui sont décidés à saboter l’action du président et ainsi l’empêcher de répondre aux desiderata du Peuple, Tshisekedi sort les griffes. Une première !

Il précise sa pensée à cet effet en des termes tranchants : «Certains ministres me disent qu’ils subissent des pressions pour nuire à mes actions. Je ne suis pas au pouvoir par la volonté de quelqu’un. Ceux qui se mettront sur ma route pour combattre mes actions, au nom du peuple, leur sort c’est stylo rouge ! Ils quitteront le gouvernement. Peu importe leur camp politique». 

Avis de tempête

Pour ceux qui doutent de la sincérité des acteurs FCC à se solidariser des actions du président de la République et qui, dans leur appréhension, suggèrent (déjà) la dissolution du Parlement en vue de recomposer une vraie majorité de gouvernement, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo ne paraît pas naïf.

Plus conciliant mais plus lucide que ses chauds partisans de la constellation CACH, Fatshi réagit : «Je n’ai pas besoin de créer une crise en RDC. Mais, visiblement, il y en a qui veulent me pousser à bout et faire que je puisse dissoudre l’assemblée nationale. S’ils multiplient des crises, ils vont me pousser à cette décision».

Il n’en fallait pas plus. C’est cette phrase exprimée en termes d’avis de tempête, qui a le plus agité les cercles politiques. C’est cette phrase aussi qui a soulevé des réactions les plus diverses, allant du politique au juridisme si caractéristique de la classe politique locale.

Ce n’est qu’un secret de polichinelle. L’actuel chef de l’État n’est pas un va-t-en-guerre. Loin s’en faut. Aussi ne cesse-t-il de répéter : «Je suis le président de tous les Congolais. Je ne souhaite pas qu’on puisse m’encenser. J’accepte les critiques, mais qu’elles soient constructives. Soyez rassurés : la RDC est entre des mains sûres. Je suis venu remettre le pays sur des rails».

Propos rassurants. Discours rassembleur. Mise en garde à peine voilée. C’est le cocktail de Londres, signé Fatshi.